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Mediapart
Face à la canicule, le déni par l’adaptation
#canicule #systemeEconomique
Article mis en ligne le 27 juin 2026
dernière modification le 24 juin 2026

Le discours sur l’adaptation face aux événements météorologiques extrêmes est une poursuite du déni climatique. La vraie priorité reste de ne pas s’interroger sur les causes réelles de la catastrophe écologique. Tout doit continuer comme avant.

(...) avec la catastrophe écologique, le temps qu’il fait n’est plus un sujet superficiel. Il est, au contraire, devenu un sujet hautement politique, en ce sens qu’il devrait nous inviter à repenser notre organisation sociale tout entière. Et pourtant.

Et pourtant, la canicule historique qui frappe la France et l’Europe en cette fin de mois de juin 2026 n’est nullement l’occasion de mener une telle réflexion.

Les causes de ce désastre inédit sont occultées ou vaguement évoquées sous la forme d’un réchauffement climatique toujours perçu comme une force neutre, indépendante de l’action humaine. On continue de parler du temps qu’il fait comme s’il s’agissait simplement d’un phénomène météorologique sur lequel les femmes et les hommes n’avaient aucune prise. (...)

Lorsque le phénomène est perçu de cette façon, ce n’est qu’une poursuite du déni climatique. Le débat se limite alors à la question de l’adaptation (...)

La question de la climatisation est devenue le nœud de ce débat qui envahit désormais la sphère politique.
« Small talk » officiel et passivité générale (...)

Historique ou pas, la canicule est traitée par nos dirigeants et dirigeantes par du small talk, comme on dit désormais, par des naïvetés et des banalités enrobées d’une bienveillance un peu sucrée pour faire passer le tout. Ce n’est que de la météo, après tout. (...)

Mais derrière ces simagrées, il y a une idée forte qui structure le débat : les « vagues de chaleur » et les canicules sont la nouvelle normalité, alors il faut faire avec. D’ailleurs, comme le disait le président le 18 juin à un ancien combattant, la chaleur, « c’est dans la tête ». Il faut que tout continue comme si de rien n’était…

Le discours d’adaptation est un discours fondamentalement défaitiste, de passivité, qui permet d’occulter toute possibilité, non pas tant d’un retour à une normalité climatique sans doute en grande partie hors de portée pour nos générations, mais, du moins, d’un frein à la dégradation accélérée du cadre écologique de la vie humaine. (...)

Cette passivité n’est pas sans en rappeler une autre, celle que ces mêmes élites portent sur l’économie, qui est présentée comme une force indépendante imposant sa loi à des femmes et des hommes sommés de « s’adapter » à ses besoins.

Et cette proximité n’est pas fortuite, c’est en réalité la même : le chaos climatique est incompréhensible sans prise en compte de la nature même de notre système économique. (...)

Couvrez cette cause que l’on ne saurait voir (...)

le capital « transforme la nature à son image » en la fragmentant et en l’homogénéisant. Ce mouvement donne naissance à une « socionature », « parfaitement appropriée aux exigences de la reproduction du capital ». (...)

Se met alors en place le phénomène classique du mouvement capitaliste : la mystification. La biodiversité est niée dans sa réalité, seule sa vision capitaliste devient acceptable. (...)

Cette biodiversité, ravagée par l’exploitation capitaliste, devient progressivement invivable pour l’humain mais reste vivable pour le capital. Et le discours d’adaptation est la traduction de cette périlleuse contradiction.

Voilà pourquoi espérer trouver une solution au chaos climatique dans le cadre capitaliste, comme tentent de le faire les États depuis plus d’un quart de siècle, est une illusion. Ces politiques ne permettent, dans le meilleur des cas, que de déplacer temporairement les problèmes.

La racine du mal est la relation qu’entretient le mode d’organisation social actuel avec toutes les formes du vivant. Et comme le fétichisme de la marchandise fait croire que le capital est indispensable à la vie, rien d’important ne peut alors être fait. (...)

Une marchandise est toujours à disposition. Le dérèglement climatique peut aussi être une bonne affaire pour la croissance. (...)

Voilà une semaine que le lobby de la technologie a exigé de l’Union européenne qu’elle réduise ses ambitions en termes climatiques pour prioriser le développement de l’IA. Depuis des mois, les gouvernements occidentaux détricotent les faibles régulations écologiques mises en place pour favoriser les profits. (...)