Les électeurs de Suisse se prononceront en juin sur une initiative visant à limiter la population à 10 millions d’habitants d’ici 2050, en restreignant l’immigration. Un projet clivant, soutenu dans les sondages, mais dénoncé pour ses risques économiques, humains et diplomatiques, notamment dans les relations avec l’Union européenne.
Porté par l’Union démocratique du Centre (UDC), parti national-conservateur qui détient le plus grand nombre de sièges au Parlement suisse, la proposition qui sera soumise à référendum vise à restreindre l’immigration, notamment l’asile et le regroupement familial, quitte à remettre en cause la libre circulation des personnes avec l’Union européenne.
Le Conseil fédéral, le Parlement et les principaux autres partis s’opposent à ce texte, qui met selon eux en danger la prospérité de la Suisse et les liens avec l’UE.
Mais à en croire les derniers sondages, la proposition ne serait pas si impopulaire parmi les Suisses. (...)
Un durcissement de l’asile puis un retrait des accords avec l’UE (...)
Après l’initiative "Contre l’immigration de masse" acceptée de justesse en 2014, l’UDC, qui a fait de la rhétorique anti-immigration l’un des piliers de ses campagnes politiques, avait lancé l’initiative "Pour une immigration modérée (initiative de limitation)" en 2020.
Cette fois, avec "Pas de Suisse à 10 millions ! ", l’UDC veut contraindre le Conseil fédéral [gouvernement suisse] à prendre des mesures dans le domaine de l’asile et en matière d’immigration ordinaire. (...)
Une "initiative anti-étrangers", dénonce l’opposition
Seul soutien politique de l’initiative de l’UDC, le parti chrétien Union démocratique fédérale (UDF) prône lui aussi le "oui" à l’initiative. Les défenseurs du texte évoquent des trains et des routes saturés, une pénurie de logements, une hausse de la criminalité, des coûts sociaux élevés et d’autres phénomènes négatifs qu’ils attribuent à l’immigration. (...)
Une "initiative anti-étrangers", dénonce l’opposition
Seul soutien politique de l’initiative de l’UDC, le parti chrétien Union démocratique fédérale (UDF) prône lui aussi le "oui" à l’initiative. Les défenseurs du texte évoquent des trains et des routes saturés, une pénurie de logements, une hausse de la criminalité, des coûts sociaux élevés et d’autres phénomènes négatifs qu’ils attribuent à l’immigration. (...)
"Le fait de vouloir stopper net la population à un certain nombre met également en jeu la question des frontières ouvertes avec l’UE. Et que ferait-on si un 10 millions + 1 naissait ? Expulserait-on un habitant étranger en échange ? Lequel ?", ironise une autre internaute.
En France, l’initiative inquiète aussi. Un tel plafonnement de population pourrait également y avoir des effets délétères, notamment sur les prix de l’immobilier et la saturation des routes et des transports publics, rapporte 24 Heures, principal quotidien du canton suisse de Vaud.
Limiter l’immigration en Suisse risquerait en effet de renforcer le recours du pays à la main-d’œuvre frontalière, créant un appel d’air dans les régions voisines. De fait, une part croissante de travailleurs seraient contraints de s’installer en France, où les communes, notamment en Haute-Savoie, peinent déjà à suivre le rythme.
Lire aussi :
– (Asile .ch/Notre regard)
Une « Suisse à 10 millions » : à cause de l’asile ?
L’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! » sera soumise au vote en juin 2026. Le texte de l’UDC – et ses discours – se focalise beaucoup sur l’asile, attribuant à ce secteur de la migration la cause d’une croissance démographique mettant en péril la « durabilité ». L’asile à l’origine des bouchons, des trains en retard, de la pénurie de logement, des charges sociales, des coûts de la santé, etc. Un simple coup d’œil à la composition de la population résidante permanente suffit à voir le caractère grossièrement mensonger de l’argument : les personnes relevant de l’asile n’en représentent qu’une part congrue. Les propositions qui les concernent n’auront donc que peu d’impact sur l’évolution démographique. Les conséquences de l’initiative sur leurs droits seront bien réelles, de même que son impact sur l’ensemble de la population. L’entrée en campagne concertée début mars des milieux de l’économie et des syndicats en témoigne. Décryptage et documentation.
- Que dit l’initiative ?
- L’asile, facteur de la croissance démographique ?
- L’asile, un levier migratoire ?
- Les arguments de l’UDC…
- L’argument du regroupement familial
- Risque de décroissance naturelle
- Documentation
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