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De l’abandon dans le désert tunisien aux prisons libyennes : témoignage d’une jeune Guinéenne de 23 ans
#Libye #migrants #immigration #tortures #viols #trafiquants #racisme
Article mis en ligne le 13 juin 2026
dernière modification le 12 juin 2026

Bintou (prénom d’emprunt) a quitté la Guinée en 2021 avec son petit ami pour fuir un mariage forcé. Elle n’avait que 18 ans. La jeune femme, âgée aujourd’hui de 23 ans, est désormais bloquée en Libye avec son bébé de 10 mois et son conjoint, après des années passées en Tunisie. Elle raconte à InfoMigrants son parcours émaillé de violences, du désert tunisien aux prisons libyennes. Témoignage.

"Début 2025, j’ai été interceptée en mer avec mon mari par les gardes-côtes tunisiens. Ils nous ont envoyés dans le désert, à la frontière avec la Libye. J’étais enceinte de quelques mois.

Depuis l’été 2023, les migrants interceptés en mer, ou sur terre, sont expulsés à la frontière avec l’Algérie ou la Libye, au mépris du droit international. Ils sont abandonnés au milieu de nulle part dans des zones désertiques sans eau ni nourriture. Certains sont aussi récupérés à la frontière par des milices libyennes et envoyés en prison, selon des témoignages recueillis ces dernières années par InfoMigrants.

Sur la route menant à la frontière, deux membres de la Garde nationale tunisienne m’ont agressée sexuellement. Alors que j’avais été placée à l’avant du bus [par les policiers], l’un d’eux m’a touché la cuisse et l’entrejambe en me menaçant. Il m’a dit que si je ne faisais pas ce qu’il voulait, il me tuerait.

J’étais terrorisée. Ils ont arrêté le véhicule, m’ont forcée à sortir et à me déshabiller. Ils m’ont violée l’un après l’autre. Puis nous sommes remontés dans le bus, comme s’il ne s’était rien passer. (...)

Lorsque nous avons été lâchés dans le désert, nous n’avions pas de nourriture et seulement un tout petit peu d’eau. Nous étions 10 dans le groupe, dont mon mari et quatre autres femmes.

Nous ne savions pas vers où nous diriger, et nous nous sommes rapidement perdus.
Une amie morte dans le désert

Au bout de trois jours de marche éprouvante sous une forte chaleur, les hommes sont partis chercher de l’aide. Nous, les femmes, étions trop fatiguées donc on a décidé de les attendre. Mais ils ne sont jamais revenus.

Bintou apprendra plus tard que les hommes du groupe ont été arrêtés par des trafiquants et envoyés dans une prison non officielle en Libye. (...)

"L’enfer" de la prison de Zaouïa (...)

À l’intérieur de ce lieu, c’est l’enfer sur terre. Dans le hangar réservé aux femmes [une autre pièce est réservé aux hommes dans la prison de Zaouïa, ndlr], nous étions tellement nombreuses… Vous donner un nombre exact serait mentir car c’est trop dur à estimer tellement il y avait de monde.

Dans la cellule, on ne dispose pas de matelas ou de couvertures. On dort pas terre, à même le sol. On mange très peu : seulement un morceau de pain et du fromage sont distribués tous les matins, mais on ne nous donne rien d’autre durant la journée. (...)

Dans la nuit, les gardiens venaient dans la cellule et prenaient des filles. Je ne sais pas ce qu’elles sont devenues, car elles ne revenaient jamais.

InfoMigrants a recueilli ces dernières années plusieurs témoignages de femmes racontant avoir été violées en Libye, notamment par les gardiens des prisons. Certaines ont aussi été réduites à l’esclavage sexuelle.

Heureusement, il ne m’est rien arrivé dans la ‘prison Osama’ et j’ai réussi à partir au bout de deux semaines, en échange de 700 euros.

Accouchement à la maison

En sortant, je suis tombée gravement malade et le bébé dans mon ventre était en danger. J’ai été hospitalisée à Tripoli, grâce à l’aide de l’OIM [Organisation internationale des migrations, ndlr] pendant plusieurs semaines. (...)

Montée des violences anti-migrants en Libye (...)