Alors qu’un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 17 avril 2026 et que des négociations sont en cours à Washington, le feu n’a jamais cessé au Liban. Ces attaques israéliennes s’accompagnent d’une volonté de plus en plus manifeste de réduire au silence ceux qui les documentent : les journalistes. Il s’agit là d’un crime de guerre caractérisé.
Le 22 avril dernier, l’armée israélienne a assassiné la journaliste libanaise Amal Khalil en bombardant le bâtiment où elle s’abritait, avant de bloquer l’accès des secours pendant plusieurs heures par tirs continus. Son assassinat n’est ni un fait isolé, ni le résultat d’attaques indiscriminées. (...)
Selon le Comité pour la protection des journalistes, Israël est responsable des deux tiers de tous les meurtres de journalistes dans le monde en 2024 et 2025.
Cette stratégie d’élimination s’étend aussi aux outils du journalisme (...)
Tout concourt à l’organisation d’un huis clos informationnel. Ainsi, l’objectif n’est pas seulement de faire taire des voix, mais d’anéantir la capacité même de témoigner, en violation crasse du droit. (...)
Le ciblage délibéré de telles personnes civiles constituant un crime de guerre, le procureur de la CPI avait d’ailleurs annoncé, dès janvier 2024, que ces faits relevaient de son enquête en cours.
Face à l’illégalité de ces attaques, les autorités israéliennes adoptent plusieurs postures. Le plus souvent, elles nient, malgré des enquêtes indépendantes menées notamment par Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters sans frontières (RSF), Reuters et l’AFP, qui ont documenté l’intentionnalité des exécutions. Parfois, elles accusent sans preuves les journalistes visés d’être des combattants. Plus insidieux encore, elles invoquent leur affiliation politique, ou la ligne éditoriale « hostile » de leur média. Il est alarmant que cette déformation du DIH trouve parfois des relais complaisants partout dans le monde, et notamment en France.
Or, le DIH comme la jurisprudence internationale sont claires. Un média partisan, ou même propagandiste, ne saurait constituer un objectif militaire tel que défini en droit. (...)
La seule question pertinente n’est donc ni l’opinion du journaliste, ni l’identité de son employeur, ni l’hostilité supposée de sa ligne éditoriale, c’est celle de sa participation directe aux hostilités. Cibler un journaliste en raison de ses affiliations politiques réelles ou supposées viole en outre la liberté d’expression et d’opinion (art. 19 de La DUDH).
Dès août 2024, la rapporteuse spéciale de l’ONU sur la liberté d’expression, Irène Khan, dénonçait une stratégie délibérée visant à étouffer les reportages susceptibles de documenter d’éventuels crimes internationaux (...)
La France a l’obligation positive de faire respecter, en toutes circonstances, le DIH (art. 1er commun aux quatre Conventions de Genève). Elle doit activer ses mécanismes judiciaires nationaux face à ces rapports crédibles et protéger les institutions de justice internationale. Elle doit exiger du Conseil de l’UE l’extension du règlement de blocage afin de prémunir les agents de la CPI contre les sanctions américaines. Laisser la Cour sans défense reviendrait à paralyser les juges après avoir assassiné les témoins.
Ces obligations ne s’imposent pas aux seuls Etats parties à ces conventions. (...)