Que faire quand l’agro-industrie accapare toutes les terres ? Se rassembler en coopérative citoyenne et acheter des hectares. Dans le Finistère, des terres sont ainsi louées à des agriculteurs qui veulent s’installer en bio.
ils sont une vingtaine à s’être donné rendez-vous en ce dimanche matin de mai — qu’importe la météo qui trempe jusqu’aux os — pour découvrir le lot de 16 hectares de terres agricoles qu’ils sont tous en train d’acheter, ensemble, sur la commune du Juch, située en baie de Douarnenez (Finistère). « Au total, on est presque 200 coopérateurs », se félicite Muriel. (...)
En échange, les porteurs de projet doivent répondre à une condition : s’installer en agriculture biologique. (...)
Une foncière pour réduire son endettement
« On n’est pas attaché à la propriété privée de la terre, dit Romain, agronome de formation, qui explique pourquoi ils ont adhéré à l’initiative. Le droit locatif est assez protecteur pour les agriculteurs, ce qui fait qu’on n’a pas peur de louer des terres. On a aussi voulu passer par une foncière pour réduire notre endettement. »
Au total, l’exploitation de ces trois jeunes paysans va s’étendre sur 70 hectares. 10 hectares et du bâti sont en cours d’achat par les associés, 20 sont en location auprès d’agriculteurs retraités et le reste sera loué à des foncières : 24 hectares seront loués à Terre de liens et 16 hectares à Kazel-ha-Kazel. (...)
À la différence de l’association Terre de liens, plus connue, le projet Kazel-ha-Kazel s’ancre dans le pays de Douarnenez, avec une gouvernance locale et des coopérateurs locaux. 96 % des quasi 200 coopérateurs qui composent la Scic vivent en effet dans le pays de Douarnenez. « C’est aussi pour ça qu’on a voulu faire appel à Kazel-ha-Kazel car on trouve l’approche territoriale intéressante », dit Romain. (...)
Des terres inaliénables
Via ce projet de foncière, Kazel-ha-Kazel veut ainsi « rendre les terres inaliénables », souligne Anne, coopératrice. « Si dans vingt, trente ans, ils [les paysans locataires] veulent partir, quelqu’un d’autre pourra relouer les terres dans les mêmes conditions », ajoute cette dernière.
La foncière citoyenne veut aussi limiter la concentration des terres agricoles et favoriser l’agriculture paysanne dans un territoire qui souffre déjà de la pression exercée par les porcheries industrielles. (...)
Aux paysans porteurs de projets de démarcher la foncière citoyenne pour acheter des terres. (...)
En tout cas, la démarche plaît et attire : sans vouloir trop s’étendre, Kazel-ha-Kazel laisse entendre que d’autres porteurs de projets d’installation en agriculture biologique les ont contacté. « Et vers Saint-Cadou, dans le Finistère, des particuliers sont également intéressés pour lancer le même type de projet », se réjouit Anne. (...)