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Reporterre
Accélération du changement climatique : l’hypothèse qui inquiète les scientifiques
#rechauffementClimatique
Article mis en ligne le 18 juin 2026
dernière modification le 15 juin 2026

C’est un indicateur climatique peu connu, et il part en vrille. Son nom : le déséquilibre énergétique de la Terre. Sa conséquence : il pourrait accélérer le réchauffement climatique bien au-delà de nos prévisions.

La question, éminemment complexe, agite de plus en plus la communauté des climatologues. Au cœur de leurs préoccupations, on trouve un indicateur climatique moins connu que la température ou la concentration de CO2 : le déséquilibre énergétique de la Terre (abrégé EEI, pour Earth’s Energy Imbalance).

Cette notion permet d’appréhender le système climatique dans son ensemble en mesurant la différence entre l’énergie qui entre sur la planète (via le rayonnement solaire) et l’énergie qui en sort (via le réfléchissement des rayons du soleil ou l’émissions de rayonnement infrarouge par la Terre). S’il sort moins d’énergie qu’il en entre, par exemple parce qu’on émet des gaz à effet de serre qui en piègent une partie, l’excédent d’énergie, converti en chaleur, réchauffe le système.

Un excédent d’énergie imprévu par les modèles (...)

« La chaleur s’accumule désormais deux fois plus vite qu’il y a vingt ans », résument les auteurs de l’étude, qui s’inquiètent que ce déséquilibre soit aujourd’hui « beaucoup plus important que ce que les modèles climatiques estimaient ».

« Aucun modèle actuel ne reproduit ces observations, la théorie ne reproduit pas ce qui se passe », insiste auprès de Reporterre Benoit Meyssignac, chercheur au Laboratoire d’études en géophysique et océanographie spatiales (Legos) de Toulouse et coauteur de l’étude. (...)

Le sujet est pris très au sérieux par les climatologues (...)

La crainte d’une sensibilité climatique sous-estimée

Deux types de suspects sont envisagés pour expliquer ce surplus d’accumulation d’énergie dans le système Terre : soit des perturbations liées aux activités humaines (comme les émissions de CO2), soit la réponse du climat lui-même à ces perturbations.

Cette seconde hypothèse serait particulièrement préoccupante, car elle pourrait signifier que l’on a sous-estimé ce qu’on appelle la sensibilité climatique. (...)

Le Giec estime aujourd’hui qu’un doublement de la concentration de CO2 par rapport à l’ère préindustrielle mènerait à environ 3 °C de réchauffement, mais la fourchette « probable » va de 2,5 à 4 °C. Pour atteindre un degré de confiance « très probable », la fourchette est même élargie de 2 à 5 °C.

Les nuages au cœur du mystère (...)

Ce rôle majeur de l’océan dans l’absorption du déséquilibre énergétique, outre qu’il est désastreux pour les écosystèmes marins en eux-mêmes, ne nous met pas à l’abri pour autant d’un réchauffement atmosphérique, prévient Benoit Meyssignac. « C’est sûr que cet EEI se traduira en réchauffement global, il y aura une accélération, ce n’est qu’une question de temps. »

« Il y a un débat en cours entre scientifiques sur la possible accélération du réchauffement, dit également Aurélien Ribes. L’EEI est certes plus fort qu’on ne l’attendait, et il y a d’autres phénomènes qu’on ne comprend pas dans la distribution de chaleur dans l’océan Pacifique et dans l’océan Austral. (...)

Que le réchauffement à venir soit plus intense que prévu ou non, la seule existence de cette hypothèse ne peut que renforcer l’impératif absolu de baisser drastiquement nos émissions, sans atermoiement. Et de sortir de l’apathie et de l’absence de politiques d’adaptation à la hauteur des catastrophes qui viennent.