Le spectacle est lancé. La tournée va durer deux mois, deux mois pour étourdir, deux mois pour mystifier un public réputé versatile. Les premières représentations ont bénéficié d’une bonne publicité. Les médias s’extasient devant la performance de la tête d’affiche : plus de 6h de représentation non stop dans l’Eure à Grand Bourgtheroulde, 7h à Soulliac dans le Lot, encore 3 h à Bourg-de-Péage dans la Drôme, chapeau l’artiste ! Des heures et des heures de monologue, des heures et des heures de discours pour régurgiter les éléments de la dernière campagne présidentielle, des heures de logorrhée pour redire et expliquer toujours les mêmes choses en variant les effets : l’emploi est créé par les investisseurs, il ne faut pas faire fuir les détenteurs de capitaux, il faut au contraire encourager le travail, doper l’esprit d’entreprise et être pragmatique si l’on veut redresser l’économie française, etc.
Des heures et des heures pour réciter les mantras habituels des religieux du libéralisme.
Emmanuel Macron apprécie l’exercice,il a le goût de lui-même, il aime se répéter, il aimerait sans doute cloner le monde à son image.
Le grand débat est lancé et Emmanuel Macron entend le mener d’une main de fer. Les salles de réunion sont des salles de classe où les citoyens, parfois revêtus de gilets jaunes, ont droit à des exposés magistraux. Le Président consent à discuter mais toujours en verticalité, pour justifier sa politique, pour expliquer toujours et encore à ceux qui refusent de comprendre. Tout peut être débattu mais à l’intérieur d’un cadre qui n’en finit plus de rétrécir.
L’itinéraire est balisé, le sens est donné, le peuple n’ira pas n’importe, il ne s’égarera pas, le maître le guidera là où il lui faut aller ; évidemment, il vaudrait mieux qu’il comprenne de lui-même mais dans certains cas le langage d’autorité - et de vérité - s’avère nécessaire.
Le grand débat est lancé et Emmanuel Macron donne la pleine mesure de son talent,
déploie toute la brutalité bienveillante dont il est capable, ferme les portes définitivement et avec le sourire. Il sélectionne ses priorités et ses urgences.
En pleine transition écologique et sociale, il trouve des mots choisis pour enterrer l’ISF et renvoyer aux calendes grecques l’interdiction du glyphosate, encore une fois, chapeau l’artiste !
Dans ce grand débat Emmanuel Macron, c’est la violence tranquille !
Emmanuel Macron sait qu’il peut compter dans ce pays sur le parti des défenseurs de
l’ordre étatique, puissamment relayé par les médias dominants. Dans ce pays, après la mort de Rémi Fraisse, après les mutilés et éborgnés par dizaines de ces deux derniers mois, les violences policières peuvent continuer, le tribunal administratif de Paris a rejeté vendredi dernier les demandes d’interdiction de l’utilisation des LBD ( Lanceurs de balles de défense) par les forces de l’ordre déposées conjointement par la CGT et la LDH. Et, dans la foulée, Jerôme Rodrigues, l’un des animateurs des gilets jaunes, a perdu un oeil pour avoir osé filmer, pacifiquement, l’avancée des policiers place de la Bastille.
Ce régime autoritaire libère l’expression populaire mais n’entend pas lâcher la bride.Il
dispose d’une police équipée d’armes, potentiellement létales, pour dissuader les
manifestants et opposants de revendiquer des changements ou mutations qui ne seraient pas souhaitables. Le peuple peut exprimer ses doléances mais le pouvoir veut avoir le dernier mot.
Ce grand débat, Emmanuel Macron peut le mener avec le sourire !