Le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, s’étonne du recours fréquent aux Conseils de défense dans la gestion de la pandémie, signe selon lui "de la monarchie présidentielle macroniste". Le député y voit une atteinte à la démocratie.
jeudi 29 octobre, le Premier ministre demandait au parlement un vote de confiance. Il s’agissait d’approuver le nouveau plan de confinement du pays. Il n’était pas question de l’amender, ou de le discuter de quelque façon que ce soit. Le Parlement n’a jamais été un lieu de décision en macronie. Oui ou non. Point final. Mais voilà une nouveauté : même le Conseil des ministres a été écarté de la décision. C’est ce qu’a reconnu le porte-parole du gouvernement : la décision de confiner tout le pays a été prise en ’Conseil de défense’. Personne ne prête plus attention au fonctionnement des institutions ? Doit-on dire là : ’c’est un détail’ ? (...)
Le Conseil de défense est une instance créée par une ordonnance de 1959 pour les décisions de stratégie militaire. Son fonctionnement est resté très limité pendant longtemps. Les présidents Mitterrand et Chirac ne réunissaient ce Conseil qu’une à deux fois par an. Sarkozy et Hollande un peu plus. Mais depuis le début de son mandat Macron réunit le Conseil de défense…. toutes les semaines. La semaine du 26 octobre, il l’a convoqué trois fois. Il l’a fait 40 fois depuis le début de l’année 2020. Il l’a utilisé lors des attentats terroristes. On peut le comprendre même si cela se discute aussi. Désormais c’est pour prendre toutes ses décisions relatives à l’épidémie ! Mais du militaire au sanitaire il y a davantage qu’une rime.
Nous ne sommes pas en guerre contre le Covid 19. Le virus n’a pas de stratégie. C’est de politique sanitaire dont il s’agit. Et lorsqu’il s’agit de parler d’écologie comme en juillet dernier, pourquoi le Conseil de défense ? Pourquoi choisir un cénacle aussi restreint ? De fait il s’agit d’un Conseil des ministres bis. Le Conseil du mercredi assume les transmissions officielles comme celles des textes à présenter devant le Parlement. Mais le Conseil de défense devient une sorte de conseil opérationnel. Pourquoi cela ? Certes on peut imaginer une réunion distincte du Conseil des ministres officiel. J’ai connu ça sous Lionel Jospin. Il réunissait les ministres une fois tous les quinze jours en dehors de la présence du Président. On y parlait politique. On n’y décidait rien qui ait à voir avec le déroulement normal des institutions. Toutes les semaines, les présidents se réunissent aussi avec les dirigeants de leur majorité parlementaire. Je suppose que c’est pour les mêmes raisons. Alors pourquoi ce Conseil de défense ? (...)
Il a des raisons de plaire à ce Président. D’abord, la composition du conseil est à sa discrétion. Traditionnellement, se trouvent autour de la table le chef d’état-major des armées, le Secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, le ministre de la Défense, le Premier ministre, les responsables du renseignement, le ministre de l’Intérieur. Mais Macron peut ajouter ou retirer qui il veut. Tout est à sa guise. Le rêve pour la volonté de toute-puissance typique de la monarchie présidentielle macroniste.
Un observateur attentif notera une autre qualité séduisante du Conseil de défense pour Macron. C’est son caractère secret. Il n’y a pas de compte rendu de ses réunions. Et tout ce qui s’y dit est couvert par le secret défense. (...)
pour notre démocratie, c’est assez grave. Cette semaine ce fut un paroxysme. Le plus frappant est que cela n’ait pas été relevé. Désormais les débordements du pouvoir solitaire ne choquent plus ? C’est le stade suprême de la cinquième République. Le monarque décide tout seul, dans le secret, sans en informer même son Conseil des ministres. La veille le Premier ministre reconnaissait devant les responsables de l’opposition qu’il ignorait ce que le Président allait dire. La veille ! Quand la décision du monarque présidentiel est enfin prise, il l’annonce dans une allocution diffusée sur toutes les télévisions du pays. Lesdites décisions portent pourtant sur le confinement de toutes nos libertés fondamentales. Le Conseil de défense l’a décidé : exécution immédiate. (...)
Cette méthode met en danger une société avancée. En démocratie, la délibération n’est pas un signe de faiblesse, ou un embêtement. C’est une garantie pour prendre la meilleure décision possible. Et la condition nécessaire pour créer du consentement à l’ordre. Le régime macroniste ne le permet plus."