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Suicide de Hassan, retrouvé pendu dans un camion à Calais : "Il était très fatigué, il pensait rentrer chez lui"
Article mis en ligne le 14 mai 2022

Mercredi 11 mai, le corps d’un Soudanais de 27 ans a été retrouvé pendu à l’arrière d’un camion, à Calais. Hassan était arrivé dans le nord de la France il y a deux mois dans l’espoir de passer en Angleterre. Ses amis décrivent un jeune homme discret, mais déprimé. Il avait essuyé plusieurs refus d’asile par trois pays européens.

Ce jour-là, le corps d’un migrant a été retrouvé ce jour-là dans un camion à Calais, ont confirmé les autorités&s françaises. La victime s’est pendue à la sangle de la remorque du véhicule. Le procureur de la République de Boulogne-sur-Mer affirme que le défunt serait "à priori Erythréen". Aladdin assure lui qu’Hassan était Soudanais, originaire d’une région à l’est de Khartoum. Il avait 27 ans.

Il y a moins d’un mois, l’équipe d’InfoMigrants s’était rendue à Calais et avait rencontré Aladdin, dans un campement baptisé Old Lidl. Un camp situé à quelques centaines de mètres de l’autoroute où les camions de marchandises passent et sur lesquels les migrants tentent de grimper dans l’espoir de s’y cacher et de rejoindre l’Angleterre.

C’est sur cette route symbolisant l’opportunité d’une nouvelle vie que le corps d’Hassan a été découvert.

"Je me suis approché du camion et j’ai trouvé Hassan sans vie" (...)

Ibrahim a reconnu son ami. "Je me suis précipité sur les lieux avec d’autres Soudanais. Nous étions environ 30 personnes. Je me suis approché du camion et j’ai trouvé Hassan sans vie. Je ne peux pas décrire le sentiment que j’ai ressenti. Ce fut terrible."

Quand la police est arrivée, "les gens criaient et pleuraient", raconte encore Ibrahim. "Je ne sais pas quoi vous dire de plus. C’est tellement choquant". Le jeune homme n’en ait pas à son premier drame. Au mois de février, il avait déjà été témoin de la mort d’un autre Soudanais, percuté par un train. "J’ai déjà vu deux morts ici. Mon cœur s’est endurci".

Aladdin, lui, n’était pas à Calais le jour du suicide d’Hassan. "Je n’arrivais pas à y croire. Je n’arrive pas à réaliser ce qu’il s’est passé. J’ai appelé trois personnes différentes pour m’assurer que c’était vrai", ajoute le jeune homme de 25 ans, d’une voix étouffée. (...)

Selon ses amis, Hassan était "très fatigué" ces derniers jours. Épuisé par l’exil, les conditions de vie à Calais, il pensait retourner au Soudan. (...)

L’Angleterre représentait sa dernière chance. "Mais il a dû perdre espoir…"

La victime vivait à Calais depuis environ deux mois. "Il ne parlait pas beaucoup et il n’est pas très sociable. Peut-être que les dernières nouvelles disant que le Royaume-Uni prévoit d’envoyer les migrants comme nous au Rwanda n’a fait qu’ajouter à son désespoir", ajoute Aladdin. (...)

"J’ai peur que d’autres personnes décident aussi de se suicider", continue Aladdin. "Des années de nos vies sont gâchées en Europe, alors qu’on est là, simplement à la recherche d’une opportunité de vivre en paix".
Retrouver la famille d’Hassan sur les réseaux sociaux

Aladdin, Ibrahim et d’autres Soudanais essayent aujourd’hui de retrouver la famille de Hassan sur les réseaux sociaux pour les informer du drame. (...)

Ibrahim, lui, ne veut pas baisser les bras. "Les gens dans le camp sont dévastés par la disparition d’Hassan mais je ne perdrai pas espoir. Je serai patient et j’essaierai d’aller en Angleterre. Je n’ai pas peur".
Démantèlement de campements et "mise à l’abri" de 350 personnes

Environ 1 500 migrants vivent actuellement dans des camps à Calais, en espérant rejoindre l’Angleterre. Les conditions sont extrêmement difficiles et leurs lieux de vie sont démantelés toutes les 36 ou 48h, selon les associations. Ce vendredi matin, les forces de l’ordre ont évacué environ 350 exilés installés dans différents campements dans le Calaisis.

L’évacuation s’est déroulée après la délivrance d’une ordonnance d’expulsion par le tribunal judiciaire de Boulogne sur-Mer, saisi par le propriétaire des terrains. L’un des campements évacués est "Old Lidl", celui où vivaient Hassan, Aladdin et Ibrahim. (...)