Bandeau
McInformactions.net
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Mediapart
Sous le Covid, le risque d’un chaos post-électoral
Article mis en ligne le 13 septembre 2020
dernière modification le 12 septembre 2020

La pandémie a bouleversé la campagne électorale américaine. Mais elle a surtout fait apparaître, sous le masque du pouvoir grotesque de Trump, les troupes violentes de l’Alt-right et les milices suprémacistes qui font peser une menace sur le scrutin.

Si les conséquences n’en étaient pas aussi potentiellement destructrices pour les États-Unis et le reste du monde, le phénomène de décomposition qui affecte la vie politique américaine depuis l’élection de Donald Trump serait fascinant à observer. L’épidémie de Covid-19 pourrait bien lui avoir porté le coup de grâce. (...)

Avec plus de 5,2 millions de cas et 180 000 décès dus à la maladie, la gestion de la pandémie par Trump prenait des airs de catastrophe nationale. Aussi longtemps que possible, celui-ci avait minimisé la gravité de l’épidémie, soucieux de ne pas compromettre les bons résultats économiques, son principal atout pour sa campagne de réélection. L’œil sur les cours des marchés, il avait multiplié les déclarations rassurantes, joignant le geste à la parole en serrant les mains à tout-va, sans se soucier du message que son comportement adressait à l’opinion. (...)

Le pouvoir grotesque de Donald Trump avait manifesté toute son absurdité et son incompétence dans la gestion de la crise sanitaire. La convention républicaine a mis à nu, sous le masque du clown, sa violence arbitraire. Elle a fait apparaître à la lumière des feux d’artifice qui crépitaient au-dessus du Lincoln Memorial son double visage, grotesque et menaçant, burlesque et incendiaire, impuissant devant le virus mais menaçant face aux manifestants pacifiques qui protestaient à Kenosha après la mort de Georges Floyd. (...)

Les appels à la violence lancés par le président de États-Unis, son refus de reconnaître à l’avance une quelconque défaite, ses tentatives d’empêcher le vote par correspondance, les violences organisées dans les rues pendant des semaines ont rendu possible une sortie de route qui risque de déboucher sur un chaos post-électoral et peut-être un mandat empêché.

« Créer le chaos est le dernier espoir de Donald Trump pour remporter la présidentielle », affirme Denis Lacorne, directeur de recherche au Centre de recherches internationales (CERI), dans une tribune au Monde. Les tentatives de sabotage du vote à distance constituent la stratégie de dernier recours d’un président américain placé devant une défaite probable. » (...)

Se préparer à un coup d’État (...)

En réduisant le nombre de postiers, d’heures supplémentaires pour les employés des postes, de machines à trier le courrier, Trump espérait produire une situation de chaos favorable aux électeurs républicains qui préfèrent voter dans les bureaux de vote, alors que les démocrates ont recours plus souvent au vote par correspondance, surtout en période de pandémie qui touche de façon disproportionnée les minorités ethniques.

Les nombreuses protestations des élus démocrates et les auditions prévues au Congrès du principal responsable des services postaux, Louis DeJoy, ont contraint Trump à reculer et à bloquer l’initiative du chef des postes. (...)

« Je suis de plus en plus convaincu que l’élection est sans grande importance, m’écrit un ami éditeur à New York. Trump va se déclarer vainqueur quoi qu’il arrive, la Cour suprême le suivra, l’armée ne bougera pas et l’establishment démocrate, tout en protestant vigoureusement, estimera qu’il est plus responsable d’abdiquer que d’entamer une guerre civile. Tout dépendra alors des réactions sur le terrain. Ce que je t’écris, je ne parviens même pas à l’imaginer mais en même temps je ne vois guère d’autres possibilités… » (...)

Ce scénario catastrophe, ils sont de plus en plus nombreux à l’envisager d’un bout à l’autre de l’échiquier politique américain. (...)

« Le problème commence – mais ne s’arrêtera pas – avec Donald Trump, affirme le professeur de droit Lawrence Douglas, même si celui-ci a une fois de plus rappelé à la nation que perdre n’est pas une option. Il rejettera toute élection qu’il perdra, prétendant qu’elle est truquée. Aussi alarmant que cela puisse être, Trump seul ne peut pas faire planter le système. Au lieu de cela, une constellation inhabituelle de forces – la nécessité de s’appuyer fortement sur les bulletins de vote par correspondance en raison de la pandémie de Covid-19 ; les divisions politiques dans les principaux États du Michigan, du Wisconsin et de la Pennsylvanie ; et un Congrès hyper-polarisé – tous travaillent ensemble pour transformer le défi de Trump en une crise aux proportions historiques. » (...)