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Reportage : des centaines de familles à la recherche de leurs proches disparus sur la route des Canaries (3/3)
Article mis en ligne le 21 novembre 2020

L’île de Grande Canarie, petit bout de terre espagnole de 1 500 km2, fait face à un important afflux de migrants, avec plus de 16 000 arrivées depuis le mois de janvier, six fois plus qu’en 2019. La traversée depuis les côtes ouest-africaines est si dangereuse que des centaines de migrants ont disparu en mer cette année. De nombreuses familles, sans nouvelle de leurs proches, sont à la recherche d’un père, d’un fils, d’un cousin, d’un frère.

Sarah Bettache n’a pas hésité une seconde. Cette Française d’origine marocaine a quitté son emploi de boulangère et son enfant d’un an et demi dès qu’elle a appris que son frère se trouvait à Grande Canarie, petit bout de terre espagnole perdu au milieu de l’océan Atlantique. Sans nouvelle de lui pendant 10 jours, elle a imaginé le pire.

Sarah l’a cherché partout, a remué ciel et terre pour entrer en contact avec lui. "J’ai appelé la Croix-Rouge, la police, les garde-côtes espagnols mais personne n’a pu m’aider."
"Je voulais le prendre dans mes bras mais la police ne m’a pas laissé l’approcher"

Désespérée, elle se rend au port et montre la photo de son frère de 19 ans à un membre de la Croix-Rouge, qui gère les lieux. Les policiers la repoussent mais Sarah refuse de partir. "Le bénévole est venu avec mon frère, j’ai pu le voir de loin", dit-elle, les mains tremblantes. (...)

La femme de Mehdi* n’a pas eu cette chance. Depuis presque un mois, elle recherche son mari et son fils, montés sur un canot depuis les côtes marocaines en direction des Canaries. Jointe par téléphone, elle explique la voix tremblante qu’elle ne peut se rendre dans l’archipel espagnol, faute de visa. Depuis le Maroc, la jeune femme appelle régulièrement la Croix-Rouge et les garde-côtes mais personne ne sait où se trouvent ses proches.

Un migrant sur 24 meurt en tentant de rejoindre les Canaries (...)

Ils seraient en réalité bien plus nombreux, affirme Txema Santana. "Beaucoup de migrants meurent en mer sans qu’on ne soit au courant".

Ceux dont le corps est retrouvé sont enterrés de manière anonyme dans une fosse commune du cimetière d’Aguimes, à l’est de Grande Canarie. (...)

Une association africaine tente comme elle peut d’identifier les disparus mais la tâche s’avère difficile, tant les informations sont peu nombreuses.