En l’absence de chiffres officiels publics, il est difficile de s’interroger avec précision sur l’origine migratoire de l’ensemble des victimes d’interventions policières mortelles. Certains outils permettent néanmoins de révéler la surreprésentation des victimes liées à l’immigration.
Affirmer que la majorité des victimes d’interventions policières mortelles est liée à l’immigration est un lieu commun. Non seulement les collectifs, comités de famille et militant.e.s portent ce discours depuis des années, mais les discriminations raciales ou selon l’origine migratoire sont aussi largement documentées dans d’autres domaines de la vie sociale (ex : contrôles au faciès). Paradoxalement, c’est également un fait peu ou pas établi.
L’une des raisons de ce paradoxe réside dans le fait qu’il est difficile de mener une étude statistique solide en l’absence de données officielles publiques concernant les interventions policières mortelles et leurs victimes[1]. Les différentes bases de données existantes, compilées et approfondies par Basta !, reposent in fine toutes sur des sources médiatiques. Or, s’il est possible de retrouver la nationalité ou les origines des victimes des interventions policières mortelles les plus médiatisées, ce n’est malheureusement pas le cas pour une grande partie d’entre elles.
Cependant, certains sites et applications (Namsor, Geneanet) permettent d’objectiver l’origine géographique des noms de famille. L’obstacle que constitue les victimes non identifiables persiste mais il est dès lors possible d’affiner la proportion des personnes étrangères, immigrées ou d’origine immigrée (enfants d’immigrés) parmi les victimes d’interventions policières mortelles (...)
S’il reste près d’un tiers (30%) de victimes anonymes ou dont on a seulement le prénom, une très nette surreprésentation de victimes étrangères, immigrées ou d’origine immigrée (47,6%) se dégage par rapport aux victimes sans lien avec l’immigration ou venant d’outre-mer (22,4%). Les victimes de nationalité ou d’origine maghrébine sont les plus nombreuses parmi les victimes d’interventions policières mortelles (N=103, soit 27,8% de l’ensemble des victimes et 39,8% de l’ensemble des victimes dont les origines sont connues). (...)
Cette surreprésentation des victimes liées à l’immigration est présente quel que soit le type d’interventions policières mortelles. On remarque toutefois qu’elle est beaucoup plus importante pour les cas de fuites mortelles (48,1% des fuites mortelles concernent des victimes liées à l’immigration contre 7,4% seulement pour les victimes sans lien avec l’immigration), les refus d’obtempérer en voiture (50% contre 12,5%) et lorsque la victime meurt alors qu’elle est prise en charge par l’institution policière (60,7% contre 14,3%), c’est-à-dire au sein d’un commissariat ou d’un fourgon de police.
Les interventions policières entraînant la mort de personnes liées à l’immigration sont le plus souvent remises en cause
Non seulement les personnes étrangères, immigrées ou d’origine immigrée sont les plus touchées par les interventions policières mortelles, mais il s’agit également de celles les plus dénoncées. (...)
L’accès aux enquêtes disciplinaires de l’Inspection générale de la police nationale, de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale et de la préfecture de police de Paris, au moins pour les affaires les plus anciennes, permettrait certainement d’obtenir davantage d’informations sur les victimes. Malheureusement, l’ensemble de ces dossiers est soumis aux délais de communicabilité de 50 ans (vie privée) et 75 ans (enquêtes de police judiciaire ou affaire portées devant les juridictions) prévus par le code du patrimoine. Sans dérogation du Ministère de l’Intérieur et en leur absence, il reste difficile d’affiner avec beaucoup plus de précision ce type de statistiques. (...)