(...) Cette grande dame, au visage fin et beau, témoigne et analyse du haut de son grand âge (95 ans) quelles transformations ont touché les femmes et leurs conditions, surtout quand elles ont assumé, comme elle, un mariage, des maternités, une carrière universitaire et des collaborations multiples. Yvonne Knibiehler est une historienne féministe, qui tisse avec sa vie, ses recherches, sa mémoire et de multiples amitiés, une pensée contemporaine, créée avec douceur et conviction, sur la maternité et le féminisme. C’est là qu’est la véritable révolution féministe d’Yvonne Knibiehler : lier maternité et féminisme, là où les féministes de 68 avaient fait de la maternité un enjeu personnel et intime. Pour autant, son féminisme n’exclut pas les hommes. Au contraire elle interpelle nos politiques et les jeunes générations à former une société plus généreuse avec les parents, afin que fonder une famille avec des enfants n’entrave pas la possibilité de travailler et de s’épanouir. La revue L’autre la remercie chaleureusement pour cette belle rencontre et son désir irréfragable de transmission.
(...) Y.K : De même que la psychanalyse vous oblige à retrouver votre mémoire, de même l’histoire oblige les groupes à retrouver leur mémoire et s’ils ne la retrouvent pas c’est à leur propre dépens parce qu’ils voient mal l’avenir et c’est pitoyable finalement.
L’autre : Vos orientations de recherches en histoire s’articulent à vos choix de vie et notamment vos choix de procréer. Il n’est pas si fréquent, même aujourd’hui, d’avoir une telle réflexion sur soi et sur son travail. Pourriez-vous nous dire d’où vous venez et ce qui a été décisif dans votre travail d’historienne féministe ?
Y.K : Je suis la fille « du père », c’est une chose capitale au départ. Mon père était d’un milieu modeste, il n’a pas pu faire d’études. C’était un homme intelligent et autodidacte et il a projeté sur ses enfants le désir de faire des études. Il se trouve que j’ai répondu au-delà de ce qu’il espérait.(...)
A côté de cette passion pour les études qui m’a saisie très tôt, l’amour de la maternité s’est développé aussi. Je crois que c’est à cause de la naissance de mon petit frère. J’avais six ans quand il est né ; pratiquement j’ai appris à lire en même temps que j’ai vu naître et grandir ce bébé. Et ça m’a enthousiasmée. (...)