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Personnes exilées victimes de torture : l’autre confinement
/Centre Primo Levi
Article mis en ligne le 26 juin 2020

A l’occasion de la Journée Internationale des Nations Unies pour le soutien aux victimes de torture, ce 26 juin 2020, le Centre Primo Levi tient à rappeler le droit de chacun, devant la persécution, à chercher asile et à recevoir des soins adaptés.

Le Centre Primo Levi alerte aujourd’hui sur les effets, immédiats et durables, de la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19 qui, conjuguée à une crise sociale majeure, contribue à une aggravation de la précarité dans laquelle vivent les personnes réfugiées sur le territoire français, en particulier les patients qu’il accompagne sur le plan médico-psychosocial. Survenant dans un contexte de rétrécissement des politiques d’accueil et du droit d’asile, cette crise d’une ampleur inégalée est un obstacle supplémentaire dans le long travail de reconstruction engagé par les personnes exilées ayant été victimes de torture et de violence politique.

Mal accueillies et mal logées, confrontées sur le plan psychique aux effets persistants de la négation de leur humanité, les victimes de torture exilées sur notre sol ont été durement touchées par les privations de liberté et la précarité économique liées à l’état d’urgence sanitaire. Comment faire face à un confinement lorsqu’on a soi-même enduré l’enfermement forcé, la douleur et la souffrance dans les geôles de régimes tortionnaires ? Comment faire face à la peur de la maladie lorsqu’on a une santé des plus fragiles ? (...)

la torture reste pratiquée par près d’un pays sur deux tandis que sa condamnation morale recule à mesure que le populisme progresse. Et pourtant, alors que la reconstruction de ces personnes requiert un accompagnement de proximité dans un climat de confiance, les politiques de désaccueil qui déchirent l’Europe et mettent en doute la parole des victimes permettent difficilement un dépassement des événements traumatiques à l’origine du parcours d’exil. (...)

On ne guérit pas de la torture. Les victimes apprennent progressivement à vivre avec ses effets, à dépasser leurs anxiétés, à surmonter les traumatismes. Au Centre Primo Levi, cette reconstruction se fait pas à pas, au rythme de chacun, grâce à un accueil individualisé, une écoute bienveillante et une prise en charge globale et pluridisciplinaire (médicale, psychologique, kinésithérapeutique, sociale et juridique). Au cours des trois derniers mois, grâce au maintien des liens à distance et à la mobilisation d’aides exceptionnelles, l’équipe soignante, à l’unisson de la communauté des soignants de notre pays, a fait montre d’une constance sans faille pour accompagner ses patients durant la crise.

Selon le dernier rapport des Nations Unies sur les déplacements forcés, pas moins de 79,5 millions de personnes ont fui la guerre, les persécutions ou les discriminations dans le monde en 2019, en nette augmentation par rapport à l’année précédente. Sur la même année, le Ministère de l’Intérieur indique un accroissement de 9,3% des demandes d’asile déposées en France en 2019. (...)

Ayant regagné ses locaux parisiens depuis un mois, le Centre Primo Levi est plus que jamais mobilisé pour accompagner les victimes de torture. Mais ses patients demeurent dans une situation très précaire face à la lente reprise des dispositifs d’aide alimentaire et à l’absence de perspectives d’hébergement pour les plus mal-logés, dans un contexte où les circuits administratifs pour l’instruction des demandes d’asile et titres de séjour ne reprennent que très progressivement. Ces personnes blessées et précaires sont suspendues aux retentissements économiques et sociaux de la crise sanitaire et ont besoin d’aide. Le soutien aux victimes de torture, c’est tenter de réparer, au plus près de l’être humain, la violence politique de notre monde. C’est donc un enjeu qui nous concerne tous, nous qui voulons vivre dans un monde de paix et de dignité.