Les Ouïghour·es, peuple turcophone et musulman sunnite, vivent au Xinjiang, la province la plus à l’est de Chine. Xinjiang signifie en chinois « nouvelle frontière ». En 1960, lors de la brouille entre les régimes communistes russe et chinois, plusieurs centaines de milliers de personnes ouïghoures ont quitté la Chine pour aller au Kirghizistan qui était alors une région de l’URSS. Aux leaders politiques locaux étonnés de ce déplacement soudain de population, ces femmes et hommes ont expliqué que les radios chinoises répétaient que les Soviétiques avaient rompu avec le communisme et que c’est ce qui les avait poussés à venir. Les responsables soviétiques de la région leur ont fermement répliqué qu’il n’en était rien et que c’était en réalité la Chine qui avait abandonné le marxisme. La plupart de ces personnes ouïghoures ont été renvoyées au Xinjiang.
Cette région bénéficie comme quatre autres d’un statut dit d’autonomie et couvre un sixième de la surface de la Chine. Elle contient d’importantes ressources naturelles en gaz, pétrole et terres rares tandis que 80% du coton chinois y est produit.
pour faire passer le commerce chinois vers l’Asie centrale et le Moyen-Orient. Avec les années, 10 millions de Chinois·es Hans, l’ethnie qui représente 90% de la population en Chine, se sont installé·es au Xinjiang. La communauté ouïghoure, elle, est de 12 millions.
Timide intégration, violentes répressions
De 1979 à 1995, Pékin a pratiqué une politique d’ouverture au Xinjiang. Beaucoup d’efforts étaient faits pour assimiler cette minorité musulmane à la culture chinoise mais, en même temps la tolérance religieuse s’accompagnait d’autorisations de voyager et de faire le pèlerinage à la Mecque. L’attitude des dirigeants a commencé à changer en 1995 lorsque des émeutes ont éclaté dans la ville d’Aksou tandis qu’apparaissait le Parti islamique du Turkestan, mouvement d’idéologie salafiste qui revendique l’indépendance du Xinjiang. (...)
À partir de 2015, la lutte de Pékin contre les séparatistes ouïghours prend une nouvelle ampleur. Les hommes et femmes à la tête de la police chinoise invitent des spécialistes étrangers de la lutte antiterroriste, dont des membres de la DGSE, à présenter leurs méthodes de travail contre le terrorisme. Mais c’est sur un mode systématique et dur que la répression est organisée au Xinjiang. Nombre de mosquées sont fermées, les prénoms islamiques ne sont plus autorisés et les pèlerinages à la Mecque deviennent quasi impossibles. Des cadres communistes Hans s’installent dans des familles pour contrôler ce qui s’y fait et s’y dit.
Les enfants sont envoyés dans des écoles étroitement liées au Parti communiste et où le nationalisme chinois est enseigné. Des femmes subissent la pose forcée de stérilets et la ligature des trompes. Pour faciliter, la construction de bâtiments modernes, l’architecture traditionnelle de Kashgar a été grandement détruite.
Trump riposte, la France veut vérifier sur place
La minorité ouïghoure ne parvient guère à se faire entendre. Il y a eu une femme, Rebiya Kadeer, issue de la noblesse traditionnelle ouïghoure, qui réussissait à rencontrer des journalistes occidentaux à Pékin pour parler du sort de son peuple. Après des années de prison, elle a fui aux États-Unis en 2005 où elle préside un congrès mondial des Ouïghours.
Les informations actuelles sur le Xinjiang sont principalement fournies par des satellites américains. (...)
Depuis 2018, où des ONG occidentales ont commencé à dénoncer les méthodes de Pékin, le traitement réservé à cette minorité du Xinjiang n’a pas ému grand monde. À l’exception du gouvernement turc, sensible au sort de cette population proche de la Turquie par la langue et la culture, qui a constamment protesté auprès de Pékin. Les autres pays musulmans, dans leur ensemble, n’ont pas voulu endommager leurs relations économiques avec la Chine et ont considéré que les questions du Xinjiang relevaient de la souveraineté chinoise.
Les points de vue évoluent depuis la crise du Covid-19 qui a mis en cause des comportements chinois opaques. Donald Trump, désireux d’affirmer sa fermeté par rapport à Pékin tout au long de sa prochaine campagne présidentielle, a mis le sort des Ouïghour·es dans la liste des reproches faits à la Chine. Onze entreprises chinoises accusées de participer aux persécutions de populations ouïghoures au Xinjiang sont désormais interdites de toute activité aux États-Unis. (...)
En France, le 20 juillet, Jean-Yves Le Drian a répondu à une question à l’Assemblée nationale en « condamnant avec beaucoup de fermeté […] tout le système répressif mis en place au Xinjiang » et en insistant : « Toutes ces pratiques sont inacceptables car elles vont contre les principes universels des droits de l’homme et nous les condamnons avec beaucoup de fermeté. » Ces propos ont amené, à Pékin, Wang Wenbin l’un des porte-parole du ministère des Affaires étrangères, à répliquer que la politique chinoise au Xinjiang « ne relève pas des droits de l’Homme ni de la liberté de culte, mais de la lutte contre le terrorisme et le séparatisme ». Selon lui, dire que plus d’un million de la population ouïghoure serait emprisonnée « relève du mensonge ». Et il conclut que la politique de Pékin au Xinjiang « ne vise aucun groupe ethnique spécifique ni aucune religion ». (...)
Le lendemain, le 21 juillet, toujours à l’Assemblée nationale, Jean-Yves Le Drian réagit à son tour en disant, sous les applaudissements des députés : « Puisqu’ils disent que mes propos sont infondés, nous proposons qu’il y ait une mission internationale émanant d’observateurs indépendants, sous la houlette de la Haut-commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, Madamde Bachelet, qui se rende sur place, qu’ils voient et qu’ils rendent témoignage, puisque si les autorités chinoises disent que ça n’existe pas alors, il faut aller l’attester sur place. »
Pour l’instant, rien n’indique que la Chine pourrait accepter cette mission. L’ambassade de Chine en France a simplement publié le 23 juillet un communiqué pour expliquer notamment que les responsables politiques français ont été induits en erreur par des « calomnies » diffusées par les États-Unis, l’Australie ou le Royaume-Uni. (...)