Le principal policier impliqué dans l’interpellation qui a causé la mort du livreur, le 3 janvier 2020, avait déjà fait l’objet d’une plainte pour des violences commises en 2018. Une enquête préliminaire, toujours en cours, avait été ouverte mais le policier n’a pas pour autant été suspendu.
Ce qui conduit aujourd’hui les avocats du dossier à s’interroger sur le sentiment d’impunité dont peuvent jouir certains policiers, et sur ses conséquences funestes.
L’histoire remonte au 13 janvier 2018. Dans un hôtel parisien, des policiers interviennent pour mettre fin à une altercation entre une femme et deux hommes. L’un de trois protagonistes, Laurent*, 32 ans, est violemment interpellé. Menotté, il reçoit des coups de pied au visage et de Taser (pistolet à impulsion électrique) dans le dos.
À la suite de son signalement auprès de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), une enquête préliminaire est ouverte, en avril 2018, pour violences par personne dépositaire de l’autorité publique. Le parquet de Paris précise à Mediapart que cette procédure est toujours en cours. La préfecture de police de Paris a-t-elle de son côté déclenché une enquête administrative ? Contactée par Mediapart, elle, n’a pas donné suite. (...)
Michaël P. est l’auteur présumé de la clef d’étranglement sur Cédric Chouviat. Il a été mis en examen et placé depuis juillet sous contrôle judiciaire pour « homicide involontaire ». Il n’a, une nouvelle fois, pas été suspendu et continue de travailler, aucune mesure administrative n’ayant été prise à son encontre.
On retrouve dans le dossier de janvier 2018 une autre des protagonistes de l’affaire Chouviat. Laura J., a été entendue comme témoin, car elle avait été appelée en renfort dans l’hôtel. Deux ans plus tard, c’est elle qui filmera le contrôle de Cédric Chouviat et qui rédigera, pour l’ensemble de l’équipage, un rapport mensonger. Pour ces faits, elle a été placée sous le statut de témoin assisté (...)
Pour les avocats Vincent Brengarth et William Bourdon, « cette histoire révèle que si on ne suspend pas un policier dont le comportement violent est avéré, on s’expose à ce qu’il le répète, car il perçoit cette absence de sanction comme une carte blanche. C’est tragique et c’est ce qu’il s’est passé dans l’affaire Chouviat. Faut-il attendre un nouveau désastre pour que le policier soit suspendu ? », interrogent-ils.
« La volonté manifeste des autorités administratives et judiciaires de protéger quoi qu’il en coûte les fonctionnaires de police impliqués dans des violences policières conduit inexorablement à la réitération de ces actes criminels, constate maître Arié Alimi.
Si l’on veut endiguer cette criminalité, il va falloir songer a engager la responsabilité de ces autorités. »