C’est tombé hier : 12 mois avec sursis en tout pour mes potes Olivier, Delphine, Alec et Dany. Plus 400 euros de « dommage et intérêt » par policier, près de 5000 euros en tout. Tout ça pour quoi ? Pour des… slogans visant le syndicat d’extrême-droite Alliance, et les violences en général. Enfin, pardon : pour « outrage, violence et rébellion ». La police insulte, blesse et tue. Pas nos slogans.
« Eh, oh ! Toi ! Le masque ! », « bouge pas », « T’as tes papiers ? », « qu’est-ce que tu fumes ? C’est pas une clope, ça ! », « pose tes mains sur le capot », « c’est quoi ça dans ton sac ? », « c’est bon, vas-y, casse-toi », « Ecoute-moi bien, sale arabe [noir, gitan, etc., rayez la mention inutile]. Tu prends ta voiture et tu vas te faire enculer ailleurs » …
Ils ont le cœur sensible, nos policiers. Surtout ceux du syndicat Alliance, que des slogans comme celui-ci : « ils tirent au LBD, à bas les condés, ils tuent, ils blessent, à bas les CRS », émeuvent à vif. Notamment le mot « condé », ça, ça les touche, c’est l’un d’eux qui l’affirme dans un article de Nice-Matin par ailleurs exécrable (on y trouve des phrases comme : « ces citoyens-là tranchent avec le profil des prévenus qui les ont précédés » ; traduction : ils ne sont pas Noirs ou Arabes, mais bref) : ouvrez les guillemets, « on ne peut pas traiter impunément les policiers de condés », fermez les guillemets, tirez un mouchoir de votre poche, et écrasez-vous tendrement le coin de l’œil. (...)
Face au mécontentement de la horde de vils gauchos hostiles, il leur a fallu, bien malgré eux, se résoudre –avec amour ! - à interpeller violemment, avec plaquage au sol, coups et insultes, quelques manifestants ayant protesté contre cette intrusion. Au menu de la GAV ce jour-là : Alec et Dany, deux étudiants, Olivier, professeur d’Histoire en collège, et Delphine, embarquée dans la foulée parce que pourquoi pas, tant qu’on y est. Et 5 mois plus tard, ces sans-cœurs ont enfin eu la peine qu’ils méritent. La décision a été rendue ce lundi soir à minuit : des mois de prison avec sursis, des milliers d’euros de dommages et intérêts. (...)
Rappelons que nos amis émotifs en bleu ont de sérieuses, sonnantes et trébuchantes raisons d’avoir la larme facile : le juteux business de « l’outrage » fait la fortune à la fois des avocats spécialisés dans la question et des policiers ravis de se créer ainsi de confortables 13èmes mois en se comportant comme des abrutis et en se faisant verbalement « traiter » comme tels ; et tout ceci, aux frais du contribuable, bien sûr. (...)
« protéger » … comment dire ? Dans les banlieues, le rôle « protecteur » de la police, s’il a jamais existé, n’est plus qu’un lointain souvenir, et quiconque vit dans ces quartiers ou a des potes qui y résident sait que les violences et injures y sont quotidiennes –j’en parlais la dernière fois avec mon pote F., condamné… pour s’être fait littéralement briser les doigts, la gueule et le bras, alors qu’il fumait une chicha tranquillement en bas de son immeuble, par des bacqueux en mal d’action.
Et pour les autres citoyens, ce n’est pas forcément mieux. Femmes, personnes racisées, LGBT+, et bon nombre de lambdas également, tous ont leur petite histoire d’abus de pouvoir, de vocabulaire ordurier, de coups, sans que jamais, si plainte il y a (c’est bien rare, car à quoi bon ?) elle n’aboutisse à quoi que ce soit d’autre qu’à une perte de temps et d’argent. (...)
En ce moment, nos grands médias se gargarisent, à l’occasion du procès des attentats à Charlie et à l’Hyper-Cacher, de l’amour tonitruant que notre pays entretient avec la « liberté d’expression » ; et j’aimerais leur demander : de quoi on parle ? Car pour le moment, ce que je vois autour de moi, dans la France d’aujourd’hui, me parait doté de vitesses aussi distantes que les pignons du vélo d’un coureur du tour de France.
Se faire traiter de « connards », avec mon pote Jules, en maraude durant le confinement, par des policiers auxquels nous avions demandé pourquoi ils ne portaient pas de masques (NB : maintenant, ils nous traitent de « connards » si c’est nous qui n’en portons pas, logique) : liberté d’expression. Les Unes islamophobes, Obono enchainée, Zemmour, Onfray, chier à la gueule des minorités ? Liberté d’expression. Le racisme et l’homophobie quotidiens de la police ? Liberté d’expression. Se faire insulter gratuitement dans la rue, en manif, de retour de soirée, partout : idem.
Par contre, interpeller cette même police sur sa violence : outrage. Protester contre l’impunité des violeurs : diffamation. Ne pas être d’accord, et le faire savoir : violence. (...)