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Rue 89
Les réfugiés syriens, nouveaux boucs émissaires des Egyptiens
Article mis en ligne le 23 septembre 2013

Arrestations arbitraires, agressions : accusés d’être pro-Morsi, le Président déchu, les Syriens réfugiés en Egypte sont harcelés par les autorités et certains habitants.

Abou Mahmoud a les larmes aux yeux, ses mains tremblent. Le réfugié syrien craint un contrôle d’identité, son passeport a expiré. Mais les policiers en civil, à l’extérieur du véhicule, réclament seulement les papiers du caméraman égyptien et les miens.

Après avoir été retenus plus d’une demi-heure sur le bord de la route, nous quittons les lieux et Abou Mahmoud rentre chez lui, la peur au ventre. Un voisin, le regard menaçant, nous observe le déposer. Un peu plus tôt, nous avions retrouvé Abou Mahmoud devant la mosquée de son quartier.

Comme de nombreux réfugiés syriens, il habite la ville du 6 Octobre dans laquelle des barres d’immeubles se dressent en plein milieu du désert, à environ 45 minutes du Caire. Abou Mahmoud est originaire d’Alep, il est arrivé en Egypte en janvier 2012 avec sa femme et ses trois enfants. Il nous a été présenté par Saleh Mohamed, un activiste égyptien, membre d’Aazer, mouvement de défense des droits de l’homme.

D’un pays en guerre à un pays en crise (...)

Outre la suspicion fréquente à l’égard des journalistes étrangers en Egypte, notre interview avec « le Syrien » les dérange. Certains menacent de prendre notre caméra. Nous partons précipitamment et interviewons Abou Mahmoud dans la voiture, à l’écart des habitations.

A peine notre discussion terminée, deux voitures débarquent : celle des hommes en colère et celle des policiers qu’ils ont appelés, pour ne pas « avoir les mains sales », les entend dire Saleh. (...)

Mais le père de famille, passé d’un pays en guerre à un pays en crise, a eu le temps de nous décrire le récent changement d’attitude de certains Egyptiens à l’égard des Syriens. Dont celle de ses voisins :

« L’incident auquel vous avez assisté est devenu notre quotidien ici. Lorsqu’ils disent : “Il est Syrien, allez le filmer chez lui”, ça veut dire que si on est syrien, on doit seulement rester chez soi. Ils nous ont embêtés car ils savent que vous m’interviewez par rapport aux problèmes qui ont débuté après le 30 juin. » (...)

Incendies de magasins, arrestations arbitraires

Le climat est hostile, les Syriens font l’objet d’un véritable harcèlement de la part des autorités et de certains habitants. Les arrestations arbitraires se multiplient, des magasins appartenant aux Syriens sont incendiés, des appels au boycott visent leurs produits. Les agressions, verbales et physiques, deviennent fréquentes (...)