Tandis que le monde regarde ailleurs et que chacun· e se concentre sur sa propre gestion de la crise, des mesures autocratiques sont appliquées là où les démocraties semblaient déjà fragiles.
La pandémie de Covid-19 n’est pas uniquement un fléau pour la santé publique et l’économie mondiale, elle met aussi à mal les démocraties.
Prétextant lutter contre la propagation du coronavirus, certains chefs d’État n’hésitent à pas consolider leur gouvernance, à étendre leur pouvoir exécutif et à restreindre les droits et libertés individuelles.
Si des mesures fortes et inédites paraissent nécessaires pour contenir l’épidémie, leurs lois répressives risquent de devenir un héritage durable de la crise sanitaire, au détriment de populations confinées et impuissantes
En Hongrie, Viktor Orbán dicte sa loi
Le Premier ministre nationaliste n’a pas tardé à voir dans les mesures martiales prises partout en Europe une couverture parfaite pour renforcer son pouvoir politique.
Après avoir déclaré l’état d’urgence plus tôt dans le mois, le Parlement hongrois –dominé par son parti, le Fidesz– a approuvé le 30 mars une loi octroyant à Viktor Orbán les pleins pouvoirs pour une « durée illimitée », pendant aussi longtemps que le gouvernement ne l’estimera nécessaire. (...)
Aux Philippines, Duterte sort les muscles
« Tuez-les par balle », a lancé Rodrigo Duterte à propos des citoyen·nes qui ne respectaient pas le confinement. On le sait, le président des Philippines ne mâche pas ses mots. Il l’a encore montré le 1er avril lors d’une allocution télévisée, au cours de laquelle il a déclaré avoir donné pour consigne aux forces de l’ordre de tuer les individus qui n’étaient pas bien confinés, quitte à lui-même les « envoyer dans la tombe ». (...)
En Israël, Netanyahou s’accroche au pouvoir
La crise sanitaire a offert un moment de répit à certain·es responsables politiques en fâcheuse posture, au premier rang desquels Benyamin Netanyahou.
Ce dernier a profité de l’épidémie pour ordonner la fermeture de la plupart des tribunaux, alors qu’il devait être jugé pour corruption et fraude. Son procès ajourné, le Premier ministre israélien a suspendu la Knesset et étendu les pouvoirs de son gouvernement intérimaire au nom de l’urgence dictée par le coronavirus. « Les temps difficiles exigent des mesures difficiles », a-t-il justifié. (...)
En Chine, Xi Jinping joue à Big Brother
En Chine, la pandémie de Covid-19 a surtout été l’occasion pour le gouvernement de justifier le déploiement de systèmes de surveillance encore plus intrusifs, à l’image de la généralisation de la reconnaissance faciale et d’un contrôle renforcé des réseaux sociaux.
Bien que cette méthode des autorités chinoises ne soit pas nouvelle, la crise sanitaire n’a fait qu’accentuer l’hyper-sécurisation du pays. (...) Pendant la pandémie, l’État chinois a recueilli des données sur la quasi-totalité des habitant·es du pays. (...)
Au Turkménistan, le président à vie Gurbanguly Berdimuhamedow a imposé des règles parmi les plus draconiennes au monde en matière de contrôle de l’information.
Dans ce pays d’Asie centrale, on peut être arrêté·e pour avoir simplement évoqué la pandémie en public.
En Turquie, le président Recep Tayyip Erdoğan a fait emprisonner plusieurs journalistes ayant émis des critiques sur son plan de lutte contre le Covid-19.
Le Premier ministre thaïlandais, Prayut Chan-o-cha, a pour sa part passé un décret lui accordant le droit « de censurer ou de fermer des médias si nécessaire ». (...)
L’Inde n’est pas en reste : le Premier ministre Narendra Modi a profité de la paralysie forcée de son pays pour annoncer une série de lois qui permettront aux Indien·nes de devenir résident·es permanent·es de la région à majorité musulmane du Jammu-et-Cachemire.
La Russie semble elle aussi exercer une pression accrue sur les médias dans leur traitement du coronavirus et utilise les nouvelles technologies pour tracer la population. La pandémie a tout de même contraint le président Vladimir Poutine à annuler un référendum qui l’aurait autorisé à rester au pouvoir jusqu’en 2036. (...)
L’Allemagne, le Royaume-Uni ou l’Italie ont exprimé un intérêt pour le traçage des moindres mouvements de leur citoyen·nes dans leur tentative de freiner la propagation du Covid-19.
En France, le débat est lancé. Le gouvernement envisage de mettre en place, sur la base du volontariat, une application de suivi des interactions sociales. Si la surveillance peut apparaître comme le moins mauvais des remèdes à la pandémie, la crainte que la mise en place d’un outil liberticide ne devienne la norme questionne les principes démocratiques jusque dans l’Hexagone.