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La violence politique aux États-Unis est à son comble, et la présidentielle n’y changera rien
Article mis en ligne le 30 septembre 2020

Dans l’après-midi du 26 août, Julia Jackson, mère de Jacob Blake, cet Afro-Américain sur lequel un policier a tiré sept fois à Kenosha (Wisconsin), a lancé un appel des plus nobles : « Écoutons tous notre cœur, notre amour et notre intelligence, et œuvrons ensemble pour montrer au reste du monde comment les humains sont censés se traiter les uns les autres. L’Amérique est grande quand nous faisons preuve de grandeur dans nos comportements », a-t-elle déclaré.

Dans la nuit, après l’instauration d’un couvre-feu, des miliciens se sont postés dans les rues pour protéger les entreprises contre les émeutiers et les pillards. L’un d’eux, âgé de 17 ans, aurait tiré sur trois personnes avec un fusil d’assaut, tuant deux d’entre elles. Quelques jours plus tard, un homme affilié à un groupe de droite a été abattu à Portland (Oregon), après que nombre des partisan·es de Trump eurent défilé dans la ville dans un cortège de pick-ups. (...)

À première vue, il n’est pas sûr que toutes ces fusillades revêtent un caractère politique. Mais à quoi bon allumer délibérément les étincelles qui mettent le feu aux poudres de la violence politique en Amérique ? Lyndon Johnson l’a compris lorsqu’il a été confronté à des troubles politiques pendant sa présidence. Le soir de 1968 où Martin Luther King a été assassiné, le président s’est adressé ainsi à un maire : « Je vous en prie, n’envoyez pas vos p’tits bleus tout maigres avec d’énormes fusils et livrés à eux-mêmes ; si ça commence à tirer, ça risque de ne jamais s’arrêter. »

Nombre d’expert·es redoutent que des violences politiques n’apparaissent au moment ou à l’approche de l’élection présidentielle de cet automne. Ce 18 août, une note de service du département de la Sécurité intérieure a fait surface avec cette mise en garde : des auteurs de violences « pourraient se mobiliser rapidement » pour saboter l’élection « à la suite de ce que certains considèrent comme des griefs partisans et liés à des politiques gouvernementales ». Bien que la présidentielle de novembre soit importante, il ne s’agit là que d’un événement ponctuel. Il reflète toutefois une réalité : les Américain·es vivent dans un pays de plus en plus clivé et violent, et ce, du fait –en partie– d’un président qui aime à attiser les divisions du pays.

Pour gérer cette situation de plus en plus dangereuse, nous devrions instituer une task force sur la violence politique qui s’emploie à réduire les risques de violence politique aux États-Unis et à atténuer son impact sur les populations. Il convient, pour ce faire, de tenir compte de deux réalités : premièrement, un regain de violence politique est probable aux États-Unis indépendamment de l’issue du scrutin de novembre et de l’écart entre le vainqueur et le perdant ; deuxièmement, les lois, les institutions et notre analyse en la matière sont lacunaires.

Quel que soit le scénario, le risque de violence est bien réel (...)

près d’un scénario sur trois implique une victoire de Trump sans mandat populaire. Les modèles de FiveThirtyEight ne tiennent pas compte des élections aux résultats serrés (où les scores sont trop proches pour pouvoir désigner le vainqueur le soir du scrutin). De nombreux cas de figure, en particulier celui d’un second mandat de Trump au cours duquel il classerait officiellement les mouvements politiques d’extrême gauche dans la catégorie du terrorisme, pourraient engendrer une flambée de violences politiques.

Les personnes qui recourent à la violence estiment ne pas avoir la possibilité d’influer sur le processus politique par la voie légale.

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Le péril de notre époque

« Une maison divisée contre elle-même ne peut subsister. » Le président Abraham Lincoln avait prononcé cette phrase en 1858, a-t-il expliqué, pour « réveiller » le peuple et lui faire prendre conscience du « péril de l’époque ». De son côté, Julia Jackson, la mère de Jacob Blake, nous a rappelé ce discours quand elle a évoqué les paroles de Lincoln pour souligner le péril de notre époque moderne et le besoin pressant de relever notre défi immédiat : trouver une réponse coordonnée à la menace croissante de violence politique aux États-Unis. (...)