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Coordination 1°secours
Le témoignage de Carole, passante blessée à l’œil par la police le 14 Juillet
Communiqués / 9 août 2019 /
Article mis en ligne le 19 août 2019

(...)

La victime s’appelle Carole, elle a reçu sous l’œil une cartouche de grenade lacrymogène alors qu’elle tentait de fuir les affrontements sur les Champs Élysée. Nous avons pu recueillir son témoignage.

Je me suis rendu sur Paris avec mon fils de 18 ans pour assister au défilé du 14 juillet et voir le feu d’artifice. Nous étions super content de pouvoir enfin voir le défilé en vrai, on le regardait toujours à la télévision. Mon fils prévoit de rejoindre l’armée.

Arrivés sur proches des Champs Élysées, nous avons été très déçu. Le défilé avait déjà commencé et les forces de l’ordre nous ont empêché de passer. Nous sommes restés coincés dans une rue parallèle. À la fin du défilé, nous avons pu aller sur les Champs Élysées. Avec mon fils, on se promenait tranquillement, et vers 14h nous sommes allés au McDonald’s sur les Champs prendre un petit café. On était déçus de n’avoir pas pu voir le défilé, à la base on venait pour ça. Nous sommes restés a peu près 30 minutes, puis ressortons sur les Champs pour continuer la promenade.

Et là, en sortant, on a été pris dans un nuage de gaz lacrymogène. Des grenades lacrymogènes avait été envoyées juste devant le McDonald’s, et les forces de l’ordre venaient de charger. C’était atroce, le gaz piquait très fort. Mon fils m’attrape et me dit “Viens maman, on repart en arrière”, et nous nous sommes réfugiés dans un hall de cinéma juste à côté. Il y avait là d’autres personnes, une famille avec des enfants en bas âge et même des personnes âgées. Une personne nous donne du sérum physiologique pour nous nettoyer les yeux. Pendant ce temps, dans la rue, on entendait les gens crier.

Après avoir repris nos esprit on décida de repartir, trouver une rue nous permettant de fuir les champs. Et là, tout d’un coup, j’entends mon fils qui me cri “Attention Maman !”. Et là je ressent le choc. Je reçois un projectile sur ma joue gauche. C’était une cartouche de grenade lacrymogène. J’étais terrifiée. Je sentais que ma joue gonflait. Et mon fils le voit. Il me prend par les épaules, regarde ma joue et voit “le drame”.

Il appelle à l’aide. Très rapidement, des streets medics arrivent et me prennent en charge… (...)

Après 3h aux urgences, ils m’annoncent le diagnostic : j’avais une fracture du plancher et de la paroi de l’orbite. Je ne perdrai pas mon œil, et j’allais devoir revoir un ophtalmo dans la semaine, et j’aurai 30 jours d’arrêt de travail. J’ai pu repartir le soir, et après cette journée catastrophique, admirer le feu d’artifice avec mon fils. (...)

Aujourd’hui, je retrouve ma vue peu à peu, et garde une grande cicatrice sous l’œil.
Psychologiquement, c’est difficile. J’y repense souvent. Dès que j’entends les pompiers, ça me ramène au 14 juillet, à ce jour là, à cet évènement. Pour mon fils aussi, ça a été difficile. De voir sa mère blessée, de subir tout ça. Parfois, les images lui reviennent.

Je ne retournerai pas à ce genre d’événements. J’ai peur d’y être blessée à nouveau.

Selon le collectif Désarmons-les, 24 personnes on définitivement perdu l’usage d’un œil depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes (en novembre 2018), principalement blessés par des projectiles de LBD40 (lanceur de balle de défense) ou des éclats de grenades de désencerclement.