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La vie des idées
La présidentialisation contre les partis ?
Cet essai est un extrait abrégé du livre à paraître le 19 février dans la collection La vie des idées-Puf, intitulé La fin des partis ?
Article mis en ligne le 20 février 2020
dernière modification le 19 février 2020

Institué pour permettre à l’exécutif de faire taire les divisions partisanes, le régime de la Ve République semble avoir atteint son paroxysme avec l’élection de 2017. L’examen des transformations du champ politique suggère néanmoins qu’il ne faut pas enterrer trop tôt les partis politiques.

Que la place centrale prise par l’élection présidentielle au suffrage universel en France sous la Ve République ait transformé en profondeur les partis politiques est une idée déjà ancienne. Selon ses tenants, les partis se seraient mus en « machines présidentielles dont la fonction première serait d’être des tremplins pour une candidature présidentielle et subséquemment d’être une ressource organisationnelle pour le président ». La victoire d’Emmanuel Macron, homme sans passé partisan, porté par une organisation ad hoc créée quelques mois avant le scrutin, mais aussi la performance de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle de 2017, ont été considérés par certains comme un nouveau seuil franchi dans ce processus de présidentialisation, un point de bascule dans une nouvelle ère qui se caractériserait par l’avènement d’entreprises politiques personnelles vouées à se former ou à se défaire à la veille de chaque élection présidentielle.

Il convient de relativiser cette interprétation, d’abord en se gardant de prêter à l’élection présidentielle au suffrage universel des effets qui découlent en fait d’autres transformations sociales et politiques, puis en relativisant le caractère univoque et linéaire de son impact sur les partis. (...)

Personnification ou présidentialisation de la compétition politique ?

La personnification de la compétition politique, le recours massif aux sondages et aux experts en communication pour orienter les stratégies de campagne, la production de programmes politiques « attrape-tout » sont des tendances qui affectent de longue date la plupart des démocraties. Certains spécialistes en ont déduit que le processus de présidentialisation serait largement indépendant du type de régime (parlementaire, semi-présidentiel ou présidentiel) et résulterait avant tout du renforcement du pouvoir exécutif corrélatif de la montée de l’interventionnisme étatique et de l’internationalisation des décisions, ainsi que du poids croissant des médias audio-visuels et de l’érosion des grands clivages idéologiques et sociaux. À ces caractéristiques « structurelles », s’ajouteraient des facteurs « contingents », telles les situations de crise économique et/ou politique, propices à l’émergence de leaders charismatiques de type populiste. (...)

Si l’élection présidentielle au suffrage universel impose donc bel et bien aux instances partisanes de choisir et de s’en remettre à un leader incontestable et populaire au-delà de son parti, à qui il est donc accordé une grande latitude d’expression et d’action et si elle exerce en cela une contrainte sur tous les partis qui y concourent, quelles que soient leurs chances de l’emporter, le cas français montre qu’aucun parti n’est cependant organisé autour de ce seul objectif, que la primauté de l’élection présidentielle a tardé à s’imposer et que, en fonction de leur histoire et de leurs ressources, les partis ne se sont pas ajustés de la même façon à la contrainte présidentielle. (...)

La présidentialisation chaotique et inégale des partis sous la Ve République

De 1958 à 1974 : les élections législatives en ligne de mire (...)

L’élection présidentielle de 1974 : un premier tournant pour la droite (...)

L’adaptation chaotique du PS à l’élection présidentielle (...)

Du RPR à l’UMP : la réinvention permanente d’une machine présidentielle (...)

Le tournant de 2017 ? (...)

la véritable surprise de 2017 vient davantage des élections législatives et de la majorité absolue accordée aux candidats d’En Marche, pour la plupart inconnus et inexpérimentés. Si l’alignement du résultat des deux élections n’est pas un phénomène nouveau, l’amplitude de la victoire du parti présidentiel a surpris tout le monde, y compris Emmanuel Macron. Cette performance est venue accréditer l’idée que seule l’élection présidentielle importait et que la possession d’un réseau d’élus de terrain ne comptait pas.

Ce succès, rendu possible grâce à un record du niveau d’abstention (51,3 % au premier tour, 57,3 % au second), doit aussi à ce qu’il s’inscrivait dans une stratégie globale de subversion et de renouvellement du personnel politique. (...)

Le cas de la France insoumise, comme celui du MODEM en 2007, montre que la conversion du capital électoral présidentiel en sièges parlementaires puis en positions électives locales n’est pas automatique. Avec un score trois fois inférieur à la présidentielle, le PS a obtenu deux fois plus de députés que la France insoumise et le PCF pratiquement autant. Ce dernier exemple montre du reste l’importance maintenue de la possession de fiefs territoriaux. Rien n’autorise aujourd’hui par ailleurs à penser que la performance de LREM en 2017 puisse être réitérée en 2022. L’évolution de la composition et de la politique gouvernementale vers la droite conduit à conjecturer une perte du monopole de la formation présidentielle sur la majorité. Les partis traditionnels à base parlementaire et notabiliaire ou militante n’ont peut-être pas dit leur dernier mot…