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le Point
La pandémie pousse les migrants vénézuéliens sur les chemins du retour
Article mis en ligne le 23 avril 2020

En moins d’un an, il fuit pour la deuxième fois : d’abord, la pauvreté dans son pays, et maintenant la mort semée par la pandémie. Bien que le Venezuela soit toujours en crise, Jesus Peña a décidé de rentrer chez lui.

"Nous voulons rentrer pour ne pas mourir", explique cet homme de 49 ans lors d’une étape à Cali, en Colombie. Il y est arrivé après 12 jours de voyage, la plupart du temps à pied, depuis l’Equateur voisin, l’un des pays d’Amérique latine les plus touchés par le Covid-19.

Les ampoules au pied lui semblent un moindre mal. Il est soulagé car bientôt, avec sa femme, leur fils et sa belle-soeur, il va monter dans un des autobus affrétés par la municipalité pour emmener les migrants vénézuéliens jusqu’à la frontière, à 957 km de là.

Des dizaines d’autres attendent avec lui. Ils ont fui l’Equateur et d’autres pays de la région, franchissant clandestinement des frontières fermées, ou profitant de l’ouverture de corridors humanitaires. Parmi eux, certains ont tenté de reconstruire leur vie en Colombie, mais y renoncent. (...)

35.000 migrants déjà rentrés

Il craignait aussi le sort qui leur aurait été réservé si lui ou un de ses proches était tombé malade. A l’hôpital, "on n’aurait pas fait sortir un Equatorien pour y mettre un Vénézuélien", assure-t-il, estimant que "le mieux c’est de regagner notre pays". (...)

La Colombie compte environ 1,8 des 4,9 millions de migrants qui ont fui ces dernières années l’effondrement de l’ancienne puissance pétrolière.

Bogota, qui suivant la ligne des Etats-Unis ne reconnaît pas Nicolas Maduro comme président du Venezuela, a appelé à l’aide internationale pour gérer la crise migratoire, aggravée par l’urgence sanitaire et financière résultant de la pandémie. (...)

Ce pays compte déjà plus de 3.700 cas confirmés du nouveau coronavirus, contre quelque 250 répertoriés au Venezuela, alors que l’Equateur avec 10.000 cas est le pays de la région le plus affecté après le gigantesque Brésil. (...)

"Si un adulte ne mange qu’une fois par jour, il le supporte. Mais comment dire à un petit qu’il n’y a rien. C’est très difficile !", a-t-il expliqué par téléphone à l’AFP pendant son voyage.

Ce migrant s’est retrouvé dans la même situation que 47 % de la population active de Colombie, qui travaille de manière informelle souvent dans la rue et que le confinement laisse sans un sou.

Et sa situation a empiré lorsqu’il n’a plus eu de quoi payer le loyer. "Cela devenait très difficile et on nous avait déjà jetés à la rue", dit-il.

Le gouvernement colombien a depuis interdit de telles expulsions pendant le confinement, élargi le 25 mars à l’ensemble du pays et prolongé jusqu’au 26 avril inclus. (...)