Les révélations récentes des échanges violemment racistes, antisémites, homophobes et misogynes de policiers français sur des groupes Facebook et Whatsapp ont choqué. Outre-Rhin, les révélations sur la présence de groupes d’extrême droite impliquant des policiers et des militaires, ainsi que des saisies d’armes, se multiplient.
La ministre de la Défense allemande, Annegret Kramp-Karrenbauer, a annoncé cette semaine la dissolution d’une compagnie du commando d’intervention spéciale de l’armée. En cause : un « leadership toxique », une « gestion trop laxiste des munitions » - des masses de munitions et d’explosif du commando semblent avoir disparu –, combinés à une idéologie d’extrême droite clairement affichée, a fait savoir la ministre [1]. L’ensemble de ce commando spécial doit être réformé en profondeur. Le « KSK » – pour Kommando Spezialkräfte – intervient à l’étranger, notamment en zones de crise, dans des missions sensibles comme celle de libérer des otages.
Cela fait trois ans que les informations sur les dérives de cette unité de l’armée s’accumulent. (...)
Les tendances d’extrême droite dans l’armée allemande « ont atteint une nouvelle dimension » a déclaré le 29 juin le chef du service des renseignements militaires allemand, Christof Gramm, devant une commission parlementaire [3]. Le service de renseignement enquête actuellement sur 600 cas suspects au sein de l’armée, 100 de plus que l’année précédente, dont une vingtaine pour le commando spécial d’intervention. Huit soldats liés à des groupes d’extrême droite et deux « citoyens du Reich » (Reichsbürger) ont été précisément identifiés. Les « Reichsbürger » sont des nostalgiques de l’empire militariste allemand d’avant 1919. Selon le service de renseignements intérieurs allemand, la Verfassungschutz, il y aurait environ 19 000 adeptes de cette idéologie en Allemagne, qui ne sont pas forcément organisés, mais dont certains amassent des armes à domicile. La police allemande avait ainsi découvert des dizaines d’armes à feu et de munitions chez deux Reichsbürger en 2018 (à Münster et en Thuringe).
Certains d’entre eux sont donc aussi soldats. Et il ne s’agit pas de cas tout à fait marginaux. Il existerait bien « des réseaux et des structures » d’extrême droite au sein de l’armée, a précisé le chef des renseignements militaires. (...)
L’an dernier, la presse révélait l’existence d’un réseau d’échanges sur Telegram appelé Nordkreuz. En lien avec ce réseau, la police criminelle de l’État-région du Mecklembourg-Poméranie, dans le nord-est, avait arrêté quatre policiers et anciens policiers soupçonnés d’avoir subtilisé des munitions depuis 2012, puis de les avoir livrées à des membres de groupes d’extrême droite à tendance survivaliste. Chez l’un des suspects, des dizaines de munitions avaient été découvertes, ainsi qu’un pistolet mitrailleur. Cet ancien fonctionnaire de police de la région, Marco G., a depuis été condamné à une peine de prison avec sursis pour ces faits. (...)
Trois attentats meurtriers d’extrême droite depuis 2018 (...)
La gravité de ces actes semble de plus en plus prise au sérieux par les autorités (...)