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Rapports de force
La Kanaky ne sera pas indépendante après le référendum du 4 novembre
Article mis en ligne le 22 octobre 2018
dernière modification le 21 octobre 2018

Devant les sénateurs, Édouard Philippe a réaffirmé mardi 16 octobre l’impartialité de l’État quant au référendum d’autodétermination prévu le 4 novembre. Une position confortable dans la mesure où le résultat est couru d’avance : la Kanaky ne sera pas indépendante au lendemain du référendum. Un résultat déjà contenu en creux dans les accords de Nouméa en 1998, et de Matignon en 1988.

Le dernier sondage disponible prévoit une large victoire du non qui l’emporterait avec 66 % des suffrages exprimés contre 34 % pour le oui. Un résultat dont la compréhension est inséparable de la répartition ethnique de la population de l’archipel. Sur les 268 500 habitants que compte la Nouvelle-Calédonie, seulement 39,1% se déclarent Kanaks, contre 40,3 % cinq ans plus tôt. Viennent ensuite les Européens (27,1 %), puis des populations océaniennes originaires de Wallis-et-Futuna, du Vanuatu ou de Tahiti (11,4 %) non acquises à la séparation avec la France. Enfin, 8,6 % des habitants se déclarent de plusieurs communautés.(...)

Pour l’ancien coprésident de l’association information et soutien des droits du peuple kanak (AISDPK), la délimitation du corps électoral est déjà un des nœuds du problème. « Les kanaks font preuve d’une grande ouverture d’esprit, ils acceptent l’idée qu’au référendum pourront participer les victimes de l’histoire : les descendants des bagnards, leurs gardiens et les agriculteurs des premières colonies de peuplement. » Mais les négociations s’enlisent et ouvrent une crise politique à partir de la fin 1984 avec le boycott des élections territoriales et la proclamation par le FLNKS d’un gouvernement provisoire de Kanaky présidé par Jean-Marie Tjibaou. Elle durera quatre années jusqu’au massacre de la grotte d’Ouvéa et aux accords de Matignon en 1988.(...)

le militant anticolonialiste estime que « l’inclination naturelle de l’État français est de garder la Nouvelle-Calédonie pour des raisons stratégiques ». Il est vrai que ce territoire concentre un quart des réserves mondiales de nickel et participe à faire de la France la seconde puissance maritime mondiale, derrière les États-Unis.

Si les résultats du vote du 4 novembre confirment les sondages, les indépendantistes pourront réclamer un second et même un troisième référendum d’ici 2022. Mais sans changement du corps électoral, ils n’auront pas plus de chance d’aboutir, fermant la porte à une indépendance par des voies pacifiques, négociée par les accords de Matignon et d’Ouvéa.