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L’accord "choquant" entre l’Italie et les garde-côtes libyens renouvelé pour trois ans
Article mis en ligne le 4 février 2020

Le nouvel accord entre l’Italie et les garde-côtes libyens est entré en vigueur dimanche pour une durée de trois ans. Soutenu par l’Union européenne, il prévoit de nouveau une aide financière pour la Libye et la formation des garde-côtes libyens aux opérations de sauvetage. Il ne devrait présenter aucun changement par rapport à sa version antérieure.

Décidé en octobre et soutenu par l’Union européenne, ce renouvellement "dépasse l’entendement" pour Amnesty International. Selon l’ONG, cet accord "odieux" fait en effet fi des "souffrances infligées" aux migrants en Libye. "L’Italie décide de remettre à jour ce mémorandum alors même que la situation est toujours catastrophique en Libye, voire même pire qu’il y a trois ans. C’est choquant", dénonce à InfoMigrants Lola Schulmann, chargée de plaidoyer réfugiés et migrants pour Amnesty International. "Par rapport à 2017, nous avons désormais davantage d’informations sur les violations commises par les garde-côtes libyens et les conditions de détention des migrants en Libye." (...)

Preuve de l’envenimement de la situation sur place, le centre de transit GDF de Tripoli géré par le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), où demandeurs d’asile et réfugiés vulnérables étaient jusqu’à présent accueillis en attendant d’être évacués vers un pays tiers, a cessé ses activités fin janvier. Des centaines de migrants sont depuis livrés à eux-mêmes alors que les combats dans la zone s’intensifient. Un rapport interne faisant état de violations systématiques des droits de l’Homme dans les centres de détention en Libye, de décès, de disparitions inexpliquées ou encore de corruption a par ailleurs été divulgué en novembre.

40 000 personnes renvoyées en Libye depuis 2017

Dans les faits, cet accord acte une nouvelle fois le fait que la coordination des sauvetages au large de la Libye est assumée par Tripoli, et non par le centre de coordination de sauvetage maritime (MRCC) de Rome ou de La Valette, à Malte, comme c’était le cas avant 2017. Les migrants secourus dans les eaux internationales doivent par conséquent être ramenés vers la Libye. (...)

Manque de transparence

Au-delà des conséquences, les détails de cet accord, et notamment les sommes financières engagées et la façon dont celles-ci sont utilisées, restent flous. (...)

il est difficile de tracer les sommes exactes engagées. (...)

"Les ONG n’ont pas davantage d’accès qu’avant"
Face aux critiques, le chef de la diplomatie italienne Luigi di Maio avait promis en octobre que le gouvernement allait améliorer les termes de l’accord en impliquant notamment "davantage les Nations unies et la société civile dans l’amélioration de l’assistance aux migrants" et en élargissant l’accès des ONG aux centres de détention libyens. Pourtant, rien de tout ça ne figure dans l’actuel accord, pointe encore Amnesty International.

"Les ONG n’ont pas davantage d’accès qu’avant", observe Lola Schulmann. "Visiblement, les témoignages des survivants ne sont pas considérés comme des éléments suffisants et ils sont même ignorés dans le cadre de l’élaboration de politiques migratoires."