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L’Islande durcit sa loi contre l’immigration pour lutter contre les "abus" du système d’asile
#immigration #Irlande
Article mis en ligne le 24 mars 2023
dernière modification le 23 mars 2023

Après l’adoption d’une nouvelle loi, mi-mars, en Islande, les ONG dénoncent la perte de droits attachés à la demande d’asile. Entre autres conséquences : la fin des garanties d’accès au logement et au système de santé pour les déboutés de l’asile. Cela faisait plusieurs années que le gouvernement islandais cherchait à faire passer ce texte, qui répond, selon lui, à la saturation actuelle de l’accueil. (...)

Des manifestations ont eu lieu devant le bâtiment de l’Alþingi, le Parlement islandais, la semaine dernière. Parmi la foule, des demandeurs d’asile. Ces derniers sont visés par une nouvelle loi adoptée le 15 mars par les parlementaires. Ce nouveau texte sur l’immigration, porté par le ministre de la Justice Jón Gunnarsson et approuvé à 38 voix contre 15, modifie la loi de 2016 sur le droit des étrangers.

Désormais, les déboutés de l’asile ne pourront plus prétendre aux services minimaux qui leur étaient garantis. Trente jours après le refus de leur demande, ils perdront l’accès aux prestations de santé et à la couverture par la sécurité sociale qui leur était jusqu’ici accordé. Leur accès au logement ne sera également plus garanti, une fois passé ce délai d’un mois.

La Croix-Rouge islandaise estime que ces restrictions aggraveront les risques d’abus, de traite des êtres humains et de violence pour ces personnes (...)

Cette perte des droits ne concerne cependant pas les enfants et leurs parents, les femmes enceintes, ou encore les personnes gravement malades ou en situation de handicap nécessitant des soins "sur le long terme", nuance l’article 8 de la loi.
"Violations des droits de l’Homme"

Parmi les autres mesures qui font le plus réagir, la police a désormais le pouvoir d’imposer des examens physiques et de santé mentale aux personnes en procédure d’éloignement - qui seront menés par des autorités sanitaires. "Il s’agit d’une atteinte majeure à la vie privée des personnes qui n’est pas conforme à la loi, à la constitution islandaise ou aux engagements internationaux du gouvernement islandais", dénonce à ce propos Sema Erla Serdar, fondatrice de l’ONG islandaise Solaris.

Dans la foulée de l’adoption de la loi, cette responsable d’ONG n’a pas mâché ses mots : "Aujourd’hui est un triste jour dans l’histoire de la République islandaise. Aujourd’hui, les violations des droits de l’Homme contre les personnes déplacées ont été promulguées sous forme de loi à l’Alþingi. Aujourd’hui, le racisme systémique est devenu une loi", a-t-elle déclaré sur ses réseaux sociaux.

Tous les amendements de l’opposition ont été rejetés, sauf un concernant les mineurs non accompagnés, visant à renforcer leur protection. (...)

Ce texte est l’aboutissement d’un très long parcours parlementaire. Une première version avait été introduite à Alþingi en 2018, mais n’avait pas été adoptée à l’époque. Il s’agit de la quatrième version du projet de loi : à chaque fois, les organisations de défense des droits de l’Homme avaient fait entendre leurs critiques, retrace le média IcelandReview. (...)

Les Ukrainiens représentent plus de 50 % des demandes d’asile déposées dans l’année (2140 dossiers entre janvier et novembre, toujours selon Eurostat).
Tentatives d’éloignement contestées

Depuis de longs mois déjà, le gouvernement islandais tente de restreindre les formes de protection, se heurtant souvent à des contre-offensives juridiques de la part d’ONG et avocats. Dès 2021, la Direction de l’immigration avait retiré les allocations de logement et de nourriture à une vingtaine d’hommes sous procédure d’expulsion. Mais un recours initié en justice avait conclu à un retrait illégal.

Depuis le passage de la nouvelle loi mi-mars, ce type de retrait est désormais légalisé.

En outre, plusieurs scandales ont émaillé le débat public à propos d’éloignements. (...)