Marqué par un boycott massif des indépendantistes kanak, le dernier scrutin d’autodétermination ne résout rien. Sa légitimité et le processus de décolonisation sont clairement remis en question.
Ce troisième et dernier référendum d’autodétermination fait flotter sur la Kanaky-Nouvelle-Calédonie comme un parfum de retour aux années 1980, marquées par un boycott des indépendantistes kanak lors de plusieurs élections. Ce dimanche, l’appel à la non-participation lancé par le FLNKS et tout le mouvement indépendantiste a été très largement entendu : l’abstention a été massive, avec seulement 43,9 % de votants, un chiffre à comparer avec la forte mobilisation des deux précédents scrutins : 85,69 % en 2020 et 81 % en 2018.
Dans certaines communes indépendantistes, comme Canala ou Hienghène, où la communauté kanak est largement majoritaire, moins de 5 % des inscrits sont allés voter. Le message politique se voulait clair : cette « consultation référendaire inique décidée unilatéralement par l’État français », selon les mots du FLNKS, est sans valeur. Et le résultat sans surprise, avec un score de 96,49 % pour le non à l’indépendance, à comparer là aussi avec 2020 (53,26 % pour le non) et 2018 (56,67 % pour le non). 3,51 % des votants seulement ont choisi le oui, contre 46,74 % en 2020 et 43,33 % en 2018. (...)
Immédiatement, les dirigeants de la droite nationale et locale se sont félicités de la victoire du non (...)
Le président de la République a également entrouvert une « nouvelle étape » pour « bâtir une réponse aux questions institutionnelles et juridiques ». Mais alors que l’archipel s’apprête à faire un saut dans le vide, le comportement et la prise de position du gouvernement vont laisser des traces. Car les raisons de cette non-participation des indépendantistes tenaient autant à la crise sanitaire et au deuil kanak qu’à l’attitude de l’État, qui est sorti de sa neutralité en prenant ouvertement position contre l’indépendance.
« L’État n’est plus arbitre »
C’est d’ailleurs le sens du message porté devant les Nations unies par une délégation du FLNKS, menée par Roch Wamytan, pour dénoncer un « référendum n’ayant aucune légitimité ». Pour l’ONU, la Nouvelle-Calédonie reste classée comme « territoire à décoloniser ». Et c’est tout l’enjeu de la période qui s’ouvre, alors que l’État a fait la preuve de sa volonté de revenir sur cet engagement. (...)