1. Point de départ
A l’époque, tout le monde savait, tout le monde les connaissait. Twitter était petit, le milieu blog/pub/influents/journalistes très restreint. En mars 2011, à l’occasion du Salon du livre, où j’avais partagé mon invitation avec une amie journaliste, j’ai rencontré Renaud Aledo (@Claudeloup / Publicitaire). Je le savais sexiste, abusif et, dans le cadre d’un tas d’anecdotes remontées par ailleurs plus tard : sociopathe. Déjà connu pour ses photomontages antisémites, homophobes et avoir été épinglé à ce sujet auprès de son employeur il était, de facto, l’un des plus nuisibles de la bande.
« Alors c’est toi, LeReilly. »
C’est ce qu’il m’a dit, lorsqu’il m’a vu avec mon amie. Mon amie qui s’était refusée à lui, quelques semaines plus tôt. La conversation fut courte. Mon amie avait un peu bu, nous sommes sorties de la soirée bras dessus bras dessous pour l’aider à compenser ses talons. De loin, nous avions l’air d’un couple. Le lendemain, une demi-douzaine de comptes affiliés Ligue du Lol se sont abonnés à mon compte Twitter. J’en ai parlé à quelques proches, à d’autres victimes et toutes se sont accordées : « accroche-toi, c’est ton tour. »
2. Tâtonnements
Les premières attaques étaient éparses, en réponses Twitter via des comptes anonymes identifiés comme Ldl ou des membres assez éloignés de mes cercles (Alexandre Hervaud, Mathieu Geniolle, David Doucet par exemple). Des insultes sur moi, mon travail. Je tenais à l’époque un blog sur lequel je verbalisais mes interrogations, angoisses et névroses. Là-bas j’ai commencé à voir apparaître des commentaires d’insulte anonymes (...)
Car, comme dans tout harcèlement, c’est l’accumulation d’actes individuels isolés qui tuent. Jusqu’à ce que l’on tremble d’ouvrir ses réseaux, de refresh ses interactions, dans l’anticipation et la peur de la nouvelle pique.
Mention spéciale à celui qui postait des commentaires sexistes et insultants sous les blogs féministes de mes amies (elles-mêmes cibles Ldl), en mon nom, pour qu’elles m’appellent en hurlant, jusqu’à ce que j’arrive à leur expliquer que non, ce n’était pas moi. Mais eux.
A ce moment, j’ai demandé à mes connaissances internes à la Ldl de calmer leurs potes. J’ai sollicité Sylvain Paley, Henry Michel ou encore Clément Poursain (@thelightcarrier). Tous m’ont dit en cœur « désolé de ce qui t’arrive, on sait, mais on n’y peut rien, ignore juqu’à ce que ça passe ».
3. Escalade
« Don’t feed the troll », ignorer, ça ne fonctionne pas. Ce qu’ils veulent, c’est une réaction, donc on appuie sur l’accélérateur jusqu’à ce que ça casse. (...)
A ce stade, et comme cela faisait plusieurs mois. Je n’arrivais plus à faire convenablement mon travail. J’ai dû expliquer, dans la vraie vie, à mon manager, n’ayant jamais eu un compte twitter de sa vie, que j’étais harcelé. Il m’a proposé de faire virer Renaud Aledo, à l’époque junior chez Publicis, agence à qui on donnait des millions d’euros chaque année. Il m’a dit que je n’avais qu’un mot à dire. J’ai refusé.
J’ai tout tenté pour que cela s’arrête, l’appel à l’empathie, l’appel via les amis de ces bourreaux, les longs mails d’explication. Rien n’a eu d’effet. La seule porte de sortie, proposée par Guillaume Livolsi, était d’enregistrer moi-même une raillerie de mes textes : « Assume que c’est drôle, et on aura plus de raison de se moquer ».
J’ai refusé.
4. Porte(s) de sortie
J’ai fini par recroiser Renaud Aledo (@ClaudeLoup) dans un bar, à une soirée où il n’avait pas été convié. Et, ivre, il m’a donné son point de vue, l’origine de tout ça, en plus de la fois où il a cru que je couchais avec une amie qui lui avait dit non.
« Je t’aime pas parce que t’es un faux gentil, tout ce que tu fais, c’est pour baiser des meufs. T’es pas un gentil, t’es un manipulateur, et il faut que tu tombes. »
Voilà comment pense un sociopathe masculiniste, incapable de voir une autre vision du monde que la sienne, si je n’étais pas un con c’est forcément que je faisais semblant, et si je faisais semblant, c’était forcément pour coucher. Je l’ai attrapé par le col. Je n’ai pas lâché. Il m’a frappé les mains, je n’ai pas lâché. Le vigile du bar m’a demandé de sortir (il faut bien une première fois à tout). J’ai proposé à Renaud de me suivre, qu’on finisse la conversation dehors. Il a passé le reste de la soirée au fond du bar à se plaindre de notre interaction. Il ne m’a plus jamais emmerdé. (...)
Je veux aussi exprimer, et de manière très claire, et pour beaucoup d’entre eux, il n’y a ni prise de conscience, ni empathie. J’ai testé tous les chemins de traverse, j’ai offert toutes les rédemptions possibles. J’ai attendu huit ans des excuses qui ne sont jamais venues. Ces coupables ne sont pas raisonnables, on ne peut pas leur expliquer, on ne peut pas leur faire comprendre. Les virilistes, et malgré tout ce que j’ai espéré et tenté dans le temps, ne répondent qu’à une chose, la force, physique ou institutionnelle. La force est la seule chose qui rentre dans leur référentiel de compréhension du monde. Et c’est, à ce titre, qu’il faut, par la force, les punir.
Leurs excuses ne valent rien.