Deux étudiants ont été arrêtés et inculpés après avoir participé à des manifestations ces derniers mois . Le gouvernement utilise ainsi la principale loi antiterroriste en Inde, pour réprimer quiconque critique l’État.
Le 2 avril, la police de Delhi arrête Meeran Haider, étudiant en thèse à l’Université de Jamia Millia Islamia et coordinateur médias du Comité de coordination de Jamia. Quelques jours plus tard, Safoora Zargar, étudiante en master de philosophie à la même université, est également interpellée pour avoir bloqué la route aux abords de la station de métro de Jaffrabad, en février. Tous deux sont maintenus en détention dans l’attente d’un complément d’enquête.
Les deux étudiants avaient participé à des manifestations contre la loi relative à la citoyenneté adoptée en décembre dernier.
Des arrestations pour étouffer les critiques
Une pratique se dessine, qui consiste à utiliser la Loi relative à la prévention des activités illégales pour réprimer la dissidence en Inde. Plusieurs organisations de défense des droits humains ont condamné la Loi relative à la prévention des activités illégales, la jugeant répressive et non conforme aux normes internationales relatives aux droits humains. De récents exemples indiquent que les autorités se servent abusivement de cette loi. (...)
Il est à déplorer que celles et ceux qui ont exercé leur droit de réunion pacifique contre la loi sur la citoyenneté et le Registre national des citoyens (NRC) depuis le mois de décembre dernier soient arrêtés et intimidés au moyen de diverses lois répressives. Le gouvernement indien semble faillir à son obligation de protéger les défenseur s des droits humains, ainsi que les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique. La criminalisation des manifestants menace des droits et libertés durement acquis : tout le monde a à y perdre. (...)
Depuis décembre 2019, des manifestations contre les amendements à la loi sur la citoyenneté ont eu lieu dans toute l’Inde. Cette loi accorde l’éligibilité pour la citoyenneté indienne aux hindous, sikhs, parsis, chrétiens, bouddhistes et jaïns originaires d’Afghanistan, du Bangladesh et du Pakistan, et exclut les musulmans. Elle légitime ainsi la discrimination fondée sur des motifs religieux.
En outre, les amendements apportés à cette loi instrumentalisent le Registre national des citoyens (NRC), le Registre national de la population (NPR) et les tribunaux pour étrangers, et poussent les minorités, musulmanes notamment, vers une situation de détention et d’apatridie. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, le Parlement européen, la Commission des États-Unis sur la liberté religieuse internationale (USCIRF) et plusieurs sénateurs américains ont fait part de leurs vives préoccupations au sujet de la loi sur la citoyenneté. (...)
à ce jour, aucune plainte n’a été déposée contre des policiers pour usage d’une force excessive contre les manifestants.