Selon nos sources, notre contact Éric (nom d’emprunt) a été arrêté lundi 7 février dans la matinée après une manifestation pacifique organisée dans les secteurs B et D du camp fermé. Les autorités lituaniennes l’ont menotté puis emmené dans un lieu inconnu. "Il a été tabassé, traîné au sol, il n’arrivait plus à marcher", ont déclaré des témoins. InfoMigrants n’arrive plus à entrer en contact avec lui. Pour rappel, les journalistes sont interdits d’accès à Pabradé.
Le témoignage d’Éric a été recueilli quelques jours plus tôt, le mercredi 2 février. Ce jour-là, il nous a raconté ses conditions de vie dans le centre : il s’est notamment plaint du froid, les chauffages ne marchant pas toujours dans les conteneurs qui servent de chambres aux migrants. Il a surtout tenu à parler de l’omniprésence militaire dans le camp et, selon lui, de leur harcèlement quotidien. (...)
Plusieurs autres migrants ont parlé de la base militaire de Kabeliai, évoquée par Éric, qui sert, selon eux, de point de transit, avant de transférer les exilés dans les différents centres. (...)
De temps en temps, les chiens sont laissés en liberté dans la cour du camp. On n’ose pas sortir quand ils sont là. Ca nous impressionne trop. Les militaires font tout pour nous intimider, pour nous décourager. Ils savent que nous n’avons nulle part où aller. Quand les chiens sont là, on est condamnés à rester dans nos chambres. (...)
"Ils nous traitent de ’macaques’"
J’ai appris le russe quand j’étais en Biélorussie. Je parle couramment cette langue donc je comprends quand certains militaires lituaniens parlent. Ils nous insultent, nous traitent ’d’extra-terrestres’ ou de ’macaques’. (...)
À Pabradé, on nous parle uniquement pour nous dire de rentrer chez nous. Je sais que c’est pareil dans les autres camps.
Quand tu es malade, ils te disent : ’Tu veux voir un médecin, rentre chez toi en Afrique te faire soigner’. Quand tu as mal quelque part, ils attendent longtemps avant de t’emmener voir un médecin. Mon voisin de chambre a été mal en point, il a passé trois jours dans son lit à Pabradé avant qu’ils ne l’emmènent à l’hôpital. Et encore, ils l’ont menotté pour y aller.
Il y a quelques semaines, j’ai eu mal aux dents. Les militaires m’ont dit : ’Signe ce papier, sinon on n’appelle pas de médecins’. Tous les migrants connaissent ce ’papier’. On ne sait pas ce qu’il y a écrit dessus, c’est en lituanien et ils nous interdisent de le prendre en photo. Mais on se doute que c’est une décharge qui autorise notre expulsion. On ne le signe jamais.
On demande tout le temps un interprète, un traducteur. Mais ils nous répondent toujours : ’Non, signe’. C’est tout. (...)