Selon nos informations, la ministre des affaires étrangères a été visée par plusieurs signalements adressés à la cellule « tolérance zéro » du Quai d’Orsay au début de l’année 2022. Une inspection générale devait être conduite à l’ambassade de France au Royaume-Uni, où elle était en poste jusqu’à sa nomination. L’inspection a été suspendue.
Au Quai d’Orsay, c’est la consternation. Le 20 mai dernier, Catherine Colonna a été nommée ministre de l’Europe et des affaires étrangères alors qu’elle était visée par plusieurs signalements, adressés en début d’année à la cellule d’écoute sur le harcèlement. Ce choix a suscité la stupéfaction de nombreuses sources à Paris, interrogées par Mediapart (lire notre Boîte noire), qui évoquent des problèmes de management anciens et largement connus au sein de la diplomatie.
Plusieurs personnes décrivent des comportements pouvant être « destructeurs » et « lourds de conséquences », avec notamment des arrêts maladie à Rome et à Londres, dans les deux ambassades où Catherine Colonna fut en poste – de septembre 2014 à septembre 2017 pour la première et de septembre 2019 à son entrée au gouvernement pour la seconde. « C’est assez connu au Quai d’Orsay. Il y a beaucoup de gens qui en ont souffert », affirme un diplomate.
« Tout le monde sait que c’est très compliqué de travailler avec elle, confirme un autre. Ce n’est pas simplement qu’elle a mauvais caractère... On parle de gens qui, au bout d’un moment, craquent nerveusement. » Alors que le ministère traverse une crise sans précédent, sur fond de réforme de la fonction publique, cette nomination n’a pas franchement été perçue comme « un signal positif », euphémisent plusieurs sources. (...)
Instructions confuses, contournement des agent·es, demandes de tâches dévalorisantes, comportements ou propos ressentis comme humiliants, critiques implicites mais répétées du travail effectué... (...)
Les craintes du Quai d’Orsay
L’Élysée et Matignon avaient-ils connaissance des signalements visant l’ancienne ambassadrice au moment de sa nomination au gouvernement ? Interrogé par Mediapart, l’entourage d’Emmanuel Macron s’est contenté de nous renvoyer vers les réponses du Quai d’Orsay, sans autre commentaire. À l’automne 2020, comme l’avait révélé le magazine ELLE, la cellule diplomatique de l’Élysée avait elle-même fait l’objet d’un audit, à la suite de burn-out et de départs précipités de conseillers. (...)
en septembre 2020, Mediapart avait révélé que l’ambassadeur de France en Côté d’Ivoire, Gilles Huberson, était visé par une enquête administrative après le témoignage de plusieurs femmes l’accusant de violences sexistes et sexuelles. Rappelé à Paris dans la foulée de nos révélations, il avait été mis à la retraite d’office le 15 novembre 2021. Selon les chiffres fournis par le Quai d’Orsay, la cellule « tolérance zéro » a été saisie, en 2020, de 100 signalements qui ont donné lieu à six enquêtes. En 2021, elle a recueilli 116 signalements ayant débouché sur douze enquêtes.