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François de Rugy, les leçons républicaines d’une démission
Article mis en ligne le 17 juillet 2019

Le départ du gouvernement français du ministre de la Transition écologique met un terme à une affaire qui devenait un boulet pour Emmanuel Macron. Reste, maintenant, à en tirer toutes les leçons en matière d’exercice du pouvoir républicain

(...) Une affaire alourdie par une nouvelle salve de révélations de Médiapart sur l’utilisation abusive passée de ses notes de frais de parlementaire. (...)

Mis en cause par le média en ligne dirigé par Edwy Plenel avec moult détails, incapable de répondre autrement aux accusations qu’en invoquant son « intolérance » présumée au homard, le ministre ne disposait plus du capital politique nécessaire pour incarner les réformes écologiques indispensables en France. Son départ, en termes d’efficacité gouvernementale, apparaissait dès lors inévitable.

Les circonstances de sa démission, une semaine après l’exposé des griefs dans les médias, méritent néanmoins un commentaire. A l’évidence, fidèle à son souci de rester seul « maître des horloges », Emmanuel Macron a souhaité attendre avant d’opter pour ce qui est, en réalité, un limogeage pur et simple de l’ex-dirigeant des Verts français, d’abord rallié au Parti socialiste puis à la Macronie. (...)

Le président français a eu raison de rappeler, lundi, que rien ne serait pire qu’une « République de la délation ». Ces derniers jours lui ont a priori permis de reconstituer les faits, et de confirmer qu’organiser de tels dîners pour des cercles d’amis, avec crustacés et vins fins payés par le contribuable, trahissait une dérive plutôt qu’un souci de représenter dignement l’Etat. En clair : François de Rugy a bien profité de ses fonctions pour régaler ses proches et quelques amis journalistes afin de parfaire son image auprès d’eux. Il ne s’agissait ni d’incarner la France devant des hôtes étrangers ni d’incarner l’Assemblée, qu’il présidait alors. Le faste de ces moments-là ne se justifiait pas au nom de l’intérêt général, ou des règles habituelles de l’apparat démocratique, indispensable lors des réceptions officielles.
Une affaire, deux leçons

Deux leçons, par conséquent, doivent être tirées de cette triste affaire. La première est médiatique et journalistique. Exposer des informations problématiques concernant le comportement personnel de dirigeants élus et investis d’une mission par le peuple demeure légitime et justifié. De ce point de vue, tous ceux qui ont accablé Mediapart feraient mieux de mettre leurs cris d’orfraie en sourdine : Emmanuel Macron n’aurait jamais lâché son ministre aussi vite s’il n’avait eu la conviction qu’une ligne rouge a bien été franchie. A l’inverse, l’engrenage des accusations mensongères doit être combattu et l’intégrité des personnes défendue lorsqu’elles sont injustement mises en cause. (...)

La seconde leçon vaut pour le chef de l’Etat français. En voulant remplacer au pied levé Nicolas Hulot, le 31 août 2018, après la démission fracassante de celui-ci, Emmanuel Macron avait fait le choix d’un politicien assuré de ne pas faire de vagues, certes considéré comme compétent, mais habitué à faire des concessions pour demeurer aux avant-postes. Erreur. (...)

Frugalité énergétique. Frugalité consumériste. Frugalité en termes de production agricole. Aussi logique soit-elle, cette démission « républicaine » ne portera vraiment ses fruits que si cette leçon-là, plus facile à porter peut-être pour une personnalité issue de la société civile, est à la fois comprise et retenue.

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La chute d’un ambitieux sans scrupule
(...) La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye peut bien déclarer n’avoir « aujourd’hui absolument aucune indication tendant à démontrer que François de Rugy a commis des actes qui sont contraires à la justice », l’étalage des petits arrangements et libertés prises par ce dernier ne pouvait que heurter l’exigence accrue d’exemplarité des responsables politiques, dans un contexte exacerbé par la crise des gilets jaunes. Les députés LREM l’ignoraient si peu que seulement 40 d’entre eux (sur 304) avaient accepté durant le week-end de signer une tribune de soutien à leur ministre ; vu le succès de la démarche, le texte est resté lettre morte. (...)

Au ministère de l’Écologie, il laisse un bien pauvre bilan. Opposé au Ceta quand il était encore à EELV, il n’a pas levé le petit doigt contre sa ratification prévue demain à l’Assemblée nationale, s’est montré inexistant à la COP24, permissif vis-à-vis des lobbys, méprisant envers les militants du climat mobilisés face au manque d’ambition de sa politique climatique… Son projet de loi énergie climat, dont la discussion débute au Sénat, est conforme à la politique des petits pas que son prédécesseur avait dénoncé en démissionnant fin août 2018. Il s’est contenté de la perpétuer, tout flatté d’être parvenu à se hisser au deuxième rang du gouvernement. Il n’est aujourd’hui plus grand-chose.