Rétablir l’ISF, certes ! Et parce que c’est un impôt (à peu près) direct, proportionnel. Mais, plus largement, ce qu’il faut rétablir, c’est la proportionnalité et la progressivité de toute la fiscalité.
Et d’abord la TVA sur les produits de consommation (invention de V. G. d’Estaing, 1966). Qui en est arrivée à assurer aujourd’hui la moitié des ressources fiscales de l’Etat.
Les Français y sont-ils prêts ? Pas évident du tout ! Et s’en tenir, comme revendication fiscale à la rectification d’un impôt direct comme celui sur le revenu et au rétablissement de l’ISF ne suffirait pas à me rassurer à cet égard.
Car, beaucoup plus largement, les politiques de ce pays, ses partis, ses intellectuels, ses syndicats sont, fâchés avec toute taxation progressive et même proportionnelle. Et ils ne sont jamais souciés d’informer les citoyens sur le sujet.
Ainsi, lorsque l’Etat a décidé de la gestion des autoroutes, qui a rappelé que les péages avaient été abolis le 4 août 1789 ? On avait oublié que c’était bien des péages que le peuple détruisait déjà en 1788-1789 (ceux de l’octroi). On peut se demander s’il y a vraiment désordre à détruire aujourd’hui les péages.
Autre exemple, pendant près d’un siècle, nous nous sommes accommodés de ce que les Allocations familiales aient le même montant pour tous, pour une mère célibataire au Smic & pour un haut fonctionnaire en fin de carrière (c’est seulement depuis 5 ans qu’elles commencent à être proportionnelles... mais à partir d’un revenu mensuel supérieur à 6000 euros !). C’est pour dissimuler cette injustice, et non par bon coeur, que tous gouvernements et comptables publics ont favorisé le développement d’une politique d’aide sociale -elle-même assez peu proportionnelle. D’abord à contre-coeur. Mais ils ont vite compris que l’existence même des aides sociales -toujours aux extrêmes limites de la survie- permettait tout simplement... de les dénoncer périodiquement comme trop "généreuses" (M. Macron n’a pas vraiment innové avec son : "...un pognon de dingue" !). Et ce, si souvent et depuis si longtemps que l’ensemble des citoyens en est arrivé à envisager l’aide sociale comme l’enjeu d’un lourd chantage implicite..
Plus grave, sans doute. Avec la résurrection continue de l’impôt indirect, on a cherché à contourner l’assentiment des citoyens à l’impôt. Cet assentiment qui est le coeur de la démocratie et du civisme. (...)