Un groupe de migrants soutenu par une douzaine d’associations dénonce “les défaillances” de la plateforme téléphonique de l’Ofii qui délivre les rendez-vous pour déposer une demande d’asile à Paris et en Ile-de-France. Chaque mois, des milliers d’appels n’aboutissent jamais et les migrants risquent ainsi de se retrouver dans l’irrégularité, malgré eux. Explications.
“Déposer une demande d’asile en France, c’est un véritable combat. Il faut s’entêter et rappeler constamment. Moi, par exemple, je suis arrivé en France le 12 août 2018, je n’ai cessé d’appeler l’Ofii et ce n’est que le 21 janvier 2019, avec l’aide du Secours Catholique, que j’ai réussi à avoir quelqu’un au bout du fil qui m’a donné un rendez-vous.” Son histoire, Charles-Patrick la répète plusieurs fois par semaine devant un public médusé au CEDRE, un centre d’accueil de jour tenu par le Secours Catholique et situé dans le nord de Paris. (...)
Inlassablement, le bénévole ivoirien rappelle le numéro à composer : 01 42 500 900. Cette plateforme téléphonique de l’Ofii (Office français pour l’immigration et l’intégration) constitue, depuis l’année dernière, un passage obligé pour toute personne souhaitant obtenir un rendez-vous pour enregistrer leur demande d’asile à Paris ou en Ile-de-France. En théorie, elle devait permettre de mettre fin aux interminables files d’attente devant les Plateformes d’Accueil des Demandeurs D’Asile (PADA). Mais en pratique, le problème reste entier, d’autant plus que le droit européen prévoit que l’enregistrement de la demande d’asile se fasse sous trois jours.
“Certains ne savent même pas ce que c’est l’asile. En tant que bénévole au CEDRE, j’accueille, j’aide, j’écoute, j’oriente. Je décompose la procédure d’asile. Les gens pensent être arrivés au bout de leur calvaire une fois ici, mais c’en est un autre qui commence : un calvaire administratif”, regrette Charles-Patrick. (...)
Une lettre à l’OFII pour souligner les "défaillances" de la plateforme téléphonique
Comme lui, de très nombreux candidats à l’asile affirment passer des semaines voire des mois sans parvenir à joindre un opérateur de l’Ofii pour obtenir leur rendez-vous. La ligne, racontent-ils, est totalement saturée. Et après 47 minutes d’attente, l’appel coupe. Il faut alors tout recommencer. En attendant, les candidats à l’asile se retrouvent sans papiers ni récépissé et craignent d’être arrêtés par la police. Afin de prouver la bonne foi de ces sans-papiers malgré eux, l’équipe du CEDRE délivre chaque jour ou presque des attestations sur l’honneur aux personnes venues au centre le jour même pour tenter de décrocher un rendez-vous. Ce document constitue la seule preuve qu’ils ne veulent pas demeurer dans l’illégalité. (...)
En premier lieu, les migrants dénoncent les coûts liés à l’appel téléphonique en lui-même. “À peine arrivés en France, sans aucune ressource, nous devons payer environ 5€ par appel [à la plateforme de l’Ofii]. Or, la ligne étant saturée, un appel ne suffit jamais : certains d’entre nous mettent jusqu’à six mois pour obtenir un rendez-vous. Tout ce temps-là, nous n’avons ni solution d’hébergement, ni allocation, ni protection santé”, écrivent-ils. En face, Didier Leschi ne comprend pas : “Ce n’est pas plus payant que lorsque vous m’appelez, c’est un numéro gratuit si vous avez un forfait. Pour les autres, ceux qui ont par exemple un téléphone à carte, c’est 0,06 centime par minute”, défend le directeur de l’Ofii, joint par InfoMigrants.
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Au lancement de la plateforme téléphonique, l’Ofii avait mis en place un numéro vert (gratuit), qui a dû être remplacé par le numéro actuel car certains opérateurs ne pouvaient pas y accéder. “C’était le cas de Lyca mobile, par exemple. Or, on sait que beaucoup de [migrants] utilisent cet opérateur”, justifie Didier Leschi. Quant à obtenir un numéro à trois chiffres comme le 115, “ça ne dépend pas de nous”, assure le directeur qui explique avoir déposé une demande en ce sens à l’Arcep, l’Autorité de régulation des télécommunications. Aucune réponse ne lui a été donnée à ce jour.
Outre la question du coût, les migrants, auteurs de la lettre de doléances, regrettent qu’il n’y ait pas assez de rendez-vous disponibles au vu du nombre de demandeurs d’asile. (...)
Quand ils réussissent enfin à avoir un interlocuteur, celui-ci raccroche sans examiner leur situation dès qu’ils se présentent comme homme isolé”, affirment-ils. “En ne nous permettant pas d’accéder à la demande d’asile, l’État nous met en danger. Nous sommes obligés de vivre dans la rue, dans des campements ou dans des squats, dans de mauvaises conditions d’hygiène. Fragilisés, nous pouvons être exposés à des maladies graves et contagieuses et n’avons pas accès aux soins.”
"Choisir entre téléphoner à l’Ofii ou manger"
Treize associations dont le Secours Catholique, le Gisti, la Cimade ou encore Utopia 56 ont rejoint le combat. “Avec ce système, les autorités organisent délibérément la précarité et l’irrégularité des personnes souhaitant demander l’asile. Combien de temps ce jeu destructeur va t-il encore durer ? (...)
L’Offi, de son côté, se contente de publier chaque jour des statistiques sur les appels traités, omettant le nombre d’appels reçus et donc non traités. (...)