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le Point
Des geôles libyennes aux portes de l’Europe, improbables retrouvailles sur l’Ocean Viking
Article mis en ligne le 4 juillet 2020

Ils s’appellent Taieb, Noman ou Hafiz, se sont connus dans les geôles libyennes, se sont perdus de vue, et le "destin" les a rassemblés sur le navire humanitaire Ocean Viking, qui a recueilli en Méditerranée 180 migrants fuyant essentiellement la Libye.

Sur l’embarcation en bois d’une dizaine de mètres dans laquelle les passeurs les avaient entassés, leurs regards n’avaient pas pu se croiser. Et même une fois à bord, entre le masque chirurgical imposé par l’ONG SOS Méditerranée - craintes d’une contagion de coronavirus obligent - et la fatigue extrême des premiers jours, ces improbables retrouvailles ont pris du temps.

On les retrouve désormais à l’arrière du bateau, à se taquiner avec quelques mots de vocabulaire commun. (...)

"Quand je le vois sourire, maintenant, ça me fait plaisir. Avant, on ne souriait jamais", raconte-t-il à un journaliste de l’AFP embarqué à bord de l’Ocean Viking. Il se souvient qu’un groupe de Pakistanais a quitté la détention avant lui, "ils en ont fait sortir deux, trois, mais moi je suis resté jusqu’au bout". "Quand je suis sorti, j’ai pris le bateau quelques jours après" pour quitter le pays, complète-t-il.

"Le froid, la chaleur, la faim, la soif, on a tout traversé ensemble", abonde Noman, 30 ans également.

En prison, "quand on se voyait, on se disait qu’on allait mourir de faim ou de soif", livre ce Pakistanais qui a passé 8 mois en Libye, dont la moitié en prison après une première tentative de traversée vers l’Europe avortée, lors de laquelle les garde-côtes libyens l’ont arrêté. "Ils nous ramenaient de l’eau de mer à boire. On avait les boyaux retournés", se remémore-t-il, en croquant dans un biscuit salé.

Il en convient, aujourd’hui, "ça fait bizarre" de se retrouver sur ce bateau. (...)