Il est temps qu’on en finisse avec les « accidents » et les « drames passionnels » pour rappeler les faits bruts : un homme a tué sa femme. Et ça arrive encore tous les trois jours en France.
Eh non, en fait, il l’attendait dans le salon.
On pourrait penser qu’après s’être laissés balader un peu trop facilement par le présumé meurtrier, les médias allaient prendre ses nouvelles déclarations avec des pincettes. Eh bien pas du tout.
Sur nombre de sites d’infos mardi soir, on retrouvait la déclaration de l’avocat selon laquelle Jonathann Daval aurait tué son épouse « par accident », mais sans les guillemets. Pourtant, l’emploi des guillemets est essentiel pour souligner que ce sont des propos rapportés non vérifiés avec lesquels on maintient une distance. Les guillemets, c’est la base. Même l’AFP, qui a édicté une charte pour bien traiter des féminicides, a commis cette erreur. À sa décharge, l’agence s’en est aussitôt excusée et a corrigé ses titres.
En zappant sur plusieurs chaînes de télévision, j’ai vu défiler tous les pièges habituels de ce genre d’affaires : « drame », « drame passionnel », « amour ». On ne dit pas « drame », on ne dit pas « passionnel » ou « fou d’amour ». (...)
Alexia Daval a été tuée par son conjoint en octobre 2017. Exactement comme Céline, Catherine, Marielle, Corinne, Yamina, Marine-Sophie, Emmanuelle. Mais dans les rédactions de France 2 et TF1, personne n’a pensé à faire le parallèle(...)
Le traitement du meurtre d’Alexia Daval cette semaine a été un cas d’école ou, pour être plus précise, un vautrage complet.
Je ne parle pas de la défense que l’accusé et ses avocats ont choisie. Qu’ils utilisent n’importe quel argument, c’est bien leur droit. L’accusé va tout tenter pour minimiser sa responsabilité –comme il le fait depuis le début. Il se présentera sous les traits de la véritable victime, un homme soumis à des maltraitances psychologiques. Soit.
« Par accident », mais sans les guillemets
Mais les journalistes ont plusieurs devoirs, dont le premier : la vigilance. Ces trois derniers mois, on a vu des articles qui reprenaient sans le début de l’ombre d’un conditionnel la version du mari : un monstre avait attaqué la jeune femme pendant son jogging. Une version étayée par zéro preuve et pour cause : elle était fournie par le présumé meurtrier pour s’innocenter. (...)
Alexia Daval est une victime parmi toutes les autres. Elle n’a pas été tuée par un serial killer, mais ce n’est effectivement pas la seule victime. Elles étaient au moins 110 l’an passé. Comment personne dans les JT n’a pensé à traiter la chose sous l’angle de ce que c’est : une femme tuée par son compagnon ou ex-compagnon ?
Jeudi matin, une femme de 46 ans a été abattue au fusil de chasse par son ex-compagnon, sous les yeux de sa fille de 7 ans.
Lundi, une femme de 43 ans a été poignardée puis brûlée dans sa maison par son compagnon.
Mardi soir, une autre a été battue jusqu’à la mort par son concubin, leur enfant de 18 mois était présent.
Dimanche, une femme de 48 ans s’est fait tirer dessus par son ex-compagnon, son pronostic vital est toujours engagé.
C’était cette semaine. C’est ça qu’il y avait à dire « en plus » (...)