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Nantes Révoltée
Balances et Indics : La police infiltre les gilets jaunes
Article mis en ligne le 28 août 2019

« Elle poussait à des actions, elle mettait en relation des gens afin que la police puisse procéder à des arrestations »

La police politique tente de recruter des balances au sein des Gilets Jaunes, ou envoie directement des agents infiltrés dans le mouvement, qui nouent des relations, organisent des actions, et préparent même parfois les manifestations, pour mieux ficher et interpeller les personnes en lutte.

Deux textes à partager. (...)

« Il y a quelques semaines, une personne a pris contact avec les gilets jaunes pour nous avertir que la police lui avait donné rendez vous pour discuter. Afin de pas le laisser seul, plusieurs personnes se sont présentées sur place pour se rendre compte de la situation, et cela s’avère particulièrement curieux.

Le service des Renseignements Territoriaux donne des rendez vous aux gens, dans des lieux tenus secret jusqu’au dernier moment (parking, étang, bar, …) pour leur proposer un deal. Le deal étant de balancer des infos sur les gens, les manifestations, contre de l’argent, mais également contre une protection au cas où ceux ci sont interpelés. Ces personnes ne sont pas choisies au hasard, car le plus souvent, ces personnes sont connues par les services et ils menacent de donner des dossiers au procureur ou de les coincer pour qu’ils acceptent. (...)

Sur le camp du contre-sommet, lors d’une assemblée assez sensible portant notamment sur l’organisation du départ de la manif de Bayonne, cette femme a été remarquée (par des personnes la connaissant du mouvement GJ à Toulouse) en train de prendre discrètement, avec son téléphone portable, des photos des gens participant à l’AG. Ces personnes ont décidé d’intervenir et de se confronter à elle, à l’écart de l’AG. Lorsque son téléphone est checké, il apparaît que plusieurs centaines de photos d’actions, de manifs et d’AG ont été prises les 3 jours précédents. Par la suite, les camarades se sont rendus compte que certaines de ces photos, notamment celles de personnes prises en gros plan, donc clairement identifiables, ont été envoyées (accompagnées de rapports détaillés sur leurs activités, ainsi que des comptes-rendus de réunion en groupe restreints) à un supérieur qui lui demandait des précisions et lui donnait des consignes.

Dans la confusion qu’a provoquée cette découverte, cette keuf a réussi à disparaître du camp (et il est probable qu’elle ait été exfiltrée du centre Pierre & Vacances où elle s’était sans doute réfugiée, lors de l’attaque du camp par les flics qui a eu lieu quelques heures plus tard). A noter qu’elle a tenté, juste avant, d’envoyer un message intitulé « téléphone HS » sur un groupe Telegram d’orga du G7, ce qui nous indique qu’elle était en contact avec d’autres flics présents sur ces listes.
Bien plus qu’une simple indic

Ce qui frappe dans cette histoire, c’est l’ampleur des connexions et des informations auxquelles cette personne avait accès. (...)

Cette personne organisait, impulsait et poussait à des actions ; elle mettait en relation des gens afin que la police puisse procéder à des arrestations. C’est l’État qui organisait ses coups de filet…

On a retrouvé cette situation à Toulouse, Bordeaux et Montpellier, mais également et surtout dans l’organisation du contre-sommet du G7 (...)

Concernant le contre-sommet, elle a incité pendant des mois de nombreuses personnes de différentes villes à s’y rendre, en leur promettant une mise à disposition sur place de matériel défensif et offensif. Il est apparu qu’elle avait incité et facilité de nombreuses actions, et qu’elle était le seul contact sur place pour des personnes venant des quatre coins de la France et d’autres pays. (...)

il est aujourd’hui certain que cette infiltration a contribué à emprisonner de nombreux camarades ces derniers mois. Il reste encore difficile aujourd’hui de connaître l’ampleur des dégâts. »

Ces deux témoignages ne sont sans doute malheureusement pas isolés. L’État français met les grands moyens pour briser les Gilets Jaunes : répression policière d’une violence inédite, sanctions judiciaires extrêmement lourdes, et travaux d’infiltration et de renseignement dans les groupes. Il y a donc probablement d’autres balances, d’autres agents infiltrés. Malgré tout, il s’agit de ne pas se laisser envahir par la paranoïa.

Ne nous refermons pas sur nous-mêmes, notre force réside dans nos espaces d’organisation collective ouverts.