(...) « Quand j’ai reçu ça, c’était le choc. Je n’ai pas su quoi faire, surtout que je travaille », confie Saïd*, 24 ans. Si son employeur l’apprend, assure-t-il, il sera « viré ». « C’est pas facile, Mayotte… »
Arrivé sur l’île en 2004 alors qu’il n’avait que dix ans, pour se faire soigner, il a d’abord été hébergé par un oncle, chez qui « ça ne se passait plus très bien », avant de déménager pour rejoindre la maison d’Anrif Mourdi, qui se trouve être son oncle par alliance. « Je crois que la préfecture veut me retirer le titre de séjour parce qu’il a fait des attestations d’hébergement à pas mal de gens. Mais moi, il m’a vraiment hébergé », lâche-t-il dans un sourire amer. (...)
« Quand j’ai reçu ça, c’était le choc. Je n’ai pas su quoi faire, surtout que je travaille », confie Saïd*, 24 ans. Si son employeur l’apprend, assure-t-il, il sera « viré ». « C’est pas facile, Mayotte… »
Arrivé sur l’île en 2004 alors qu’il n’avait que dix ans, pour se faire soigner, il a d’abord été hébergé par un oncle, chez qui « ça ne se passait plus très bien », avant de déménager pour rejoindre la maison d’Anrif Mourdi, qui se trouve être son oncle par alliance. « Je crois que la préfecture veut me retirer le titre de séjour parce qu’il a fait des attestations d’hébergement à pas mal de gens. Mais moi, il m’a vraiment hébergé », lâche-t-il dans un sourire amer. (...)
Plusieurs arrêtés déjà suspendus par le tribunal administratif
Saïd n’a pas encore tout compris, mais l’arrêté de la préfecture visant à lui retirer son titre a été suspendu par le tribunal administratif. Un début de victoire obtenu par l’avocate Marjane Ghaem, spécialisée en droit des étrangers et très active à Mayotte – elle fait aussi partie de la délégation d’avocates en mission d’observation sur l’île, présente au début de l’opération « Wuambushu ».
Dans son ordonnance du 20 avril 2023, que Mediapart a pu consulter, la juge des référés estime que « le préfet de Mayotte s’est fondé sur le caractère frauduleux de l’obtention par l’intéressé de ce titre en invoquant le caractère apocryphe de l’attestation d’hébergement », mais n’a pas établi « l’intention de l’intéressé de tromper l’administration afin que lui soit délivré le titre de séjour sollicité ». (...)
Le « Cédric Herrou local »
Et puis, parfois, les personnes concernées par un retrait de titre ne sont tout bonnement « pas au courant », laissant expirer le délai pour formuler un recours. Le plus fou, ironise Fanny Lefèvre, « c’est qu’ils notifient le retrait à l’adresse de M. Mourdi, alors qu’ils considèrent que c’est une fausse adresse ».
Bien sûr, Anrif Mourdi n’a pas hébergé toutes les personnes auxquelles il a proposé une domiciliation – il a reconnu, durant la procédure, en avoir proposé près de 130. Dans la maison qu’il occupe depuis 23 ans à Mbarazi, il a hébergé quelques personnes, comme son neveu Saïd ou sa femme.
« Notre entourage voulait régulariser sa situation et inscrire les enfants à l’école, et il fallait une adresse pour ça ». Anrif Mourdie (...)
Pour elle, Anrif Mourdi est un « Cédric Herrou local », pourtant « de droite ». « Il est venu pallier les manques de l’État, à savoir l’impossibilité de se loger pour de nombreux habitants de Mayotte. Cette condamnation claire d’une action de solidarité a déjà un impact : les gens ont de plus en plus de mal à trouver des adresses. »
L’ancien élu local ne s’attendait pas à d’aussi « lourdes conséquences ». « Notre entourage voulait régulariser sa situation et inscrire les enfants à l’école, et il fallait une adresse pour ça. Ma condamnation vise à décourager les gens d’aider les autres. »
Plus étonnant, Zanina, sa femme, a elle aussi reçu un courrier l’informant du retrait de son titre de séjour. Elle a depuis déménagé pour vivre dans une case en tôle sur les hauteurs de Passamainty, un quartier en périphérie de Mamoudzou.
Depuis ce courrier, elle vit recluse, dans la peur, consciente qu’un contrôle de police pourrait la mener tout droit vers le centre de rétention pour un renvoi vers les Comores. « Si je n’ai pas de papiers, que vont devenir mes enfants ?, interroge-t-elle. C’est moi qui les emmène à l’école et à l’hôpital quand ils sont malades. »
« Et la police… », souffle d’une voix fluette sa fille qui, à seulement neuf ans, a déjà conscientisé le risque d’être contrôlée et interpellée par les forces de l’ordre. Anrif Mourdi, désormais au chômage, promet de se battre. Marjane Ghaem veut en faire un dossier aussi emblématique que celui de Cédric Herrou. (...)