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TV5 Monde
Au Liban, les travailleurs immigrés frappés de plein fouet par la crise du dollar
Article mis en ligne le 29 février 2020

Marie travaille au Liban depuis trois ans pour aider financièrement sa famille en Ethiopie, mais ces derniers mois la jeune femme ne peut plus envoyer de dollars chez elle en raison d’une grave crise de liquidités que connaît son pays d’accueil.

"Avant, je touchais 400 dollars par mois et les envoyais en Ethiopie. Aujourd’hui j’encaisse mon salaire en livres libanaises", déplore timidement la jeune femme dans un arabe chantant.

Concrètement, elle a perdu un tiers de son salaire, dans un pays où le billet vert est utilisé au quotidien au même titre que la monnaie nationale.

Elle est payée selon le taux de change officiel, toujours fixé à 1.500 livres/dollar. Or dans les bureaux de change, la livre a dégringolé, frôlant les 2.500 livres pour un dollar.

Une fois payés le loyer et la nourriture, Marie dit qu’il ne lui reste plus rien à envoyer en Ethiopie.

La jeune femme s’empresse de dédouaner "Monsieur" ou "Madame", c’est-à-dire ses employeurs, estimant que le problème vient de l’"Etat". (...)

Quelque 250.000 travailleurs immigrés travaillent au Liban selon un système de parrainage appelé "kafala" qui d’après des ONG les expose aux abus et les prive de certains droits.

La plupart sont payés entre 150 et 400 dollars par mois.

Avec la crise économique et les restrictions draconiennes adoptées ces derniers mois dans les banques sur les retraits en dollars, les Libanais ne peuvent plus retirer que quelques centaines de dollars par mois.

Pour obtenir des billets verts, il faut aller dans les bureaux de change, ce qui est synonyme de pertes financières.

Par conséquent, les employeurs ont souvent imposé à leurs employés de maison une rémunération en livres libanaises. (...)

La crise économique, qui secoue le pays depuis plusieurs mois, s’est aggravée avec le déclenchement en octobre d’un mouvement de contestation inédit, les manifestants dénonçant une classe politique accusée de corruption et d’incompétence. (...)

L’ambassade des Philippines à Beyrouth a lancé le 5 décembre une campagne de rapatriement massif, proposant un billet d’avion gratuit à ses ressortissants souhaitant rentrer.

En une journée, plus d’un millier d’entre eux, notamment des femmes et leurs enfants, avaient afflué vers l’ambassade pour en bénéficier. (...)