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le monde diplomatique
Au Brésil, les arcanes d’un coup d’État judiciaire
Article mis en ligne le 8 septembre 2019
dernière modification le 7 septembre 2019

La destitution de la présidente brésilienne Dilma Rousseff en 2016, le procès à grand spectacle et l’incarcération en 2018 du favori de l’élection présidentielle, M. Luiz Inácio « Lula » da Silva, se fondaient sur un même motif : la lutte contre la corruption. Nombre d’observateurs ont approuvé ce coup de balai donné au nom de la justice républicaine. Avant de s’apercevoir qu’il s’agissait d’un coup d’État judiciaire qui a fini par profiter à l’extrême droite.

L’opération « Lava Jato » (« lavage à haute pression »), liée au plus important scandale de corruption de l’histoire récente brésilienne, éclate en mars 2014. Elle tombe sous la responsabilité du juge Sérgio Moro, qui s’était fait les griffes en 2005 en tant qu’assistant dans une autre affaire très médiatisée : le scandale du mensalão, qui concernait le versement par le Parti des travailleurs (PT) de pots-de-vin mensuels à des députés pour leur soutien.

M. Moro a décrit sa façon de procéder dans un article publié au milieu des années 2000. Elle consiste à imiter les procédures mises au point lors de l’opération « Mani pulite » (« mains propres »), qui, au début des années 1990, avait mis à terre les partis de gouvernement italiens, précipitant la fin de la première république. Dans son texte, M. Moro souligne l’importance de deux aspects de cette méthode : le recours à des peines d’emprisonnement préventif, de façon à inciter à la délation, et les fuites dans la presse, calibrées pour susciter l’ire de l’opinion publique et mettre sous pression suspects et institutions. À ses yeux, la mise en scène médiatique importe davantage que la présomption d’innocence.

Au cours de l’affaire « Lava Jato », le juge brésilien dévoile des talents cachés d’imprésario. Raids, arrestations à grand spectacle, confessions : des coups de fil à la presse et aux chaînes de télévision garantissent à chaque étape une large couverture aux opérations qu’il orchestre. Plus dramatiques les unes que les autres, celles-ci sont numérotées et dotées d’un nom de code emprunté à l’imaginaire cinématographique, classique ou biblique (...)

Pendant un an, les poursuites ciblent d’anciens dirigeants de la société pétrolière nationale Petrobras, accusés d’avoir été stipendiés, avant de provoquer la chute du premier cadre important (...)