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Mediapart
Attentat de Conflans-Sainte-Honorine : le terroriste affichait sa radicalisation sur les réseaux sociaux
Article mis en ligne le 19 octobre 2020

Mediapart révèle que le terroriste ayant décapité un professeur avait diffusé fin août sur Twitter un photomontage mettant en scène... une fausse décapitation. Son compte avait fait l’objet de plusieurs signalements aux forces de l’ordre ces derniers mois.

(...) Le terroriste disposait d’un titre de séjour délivré le 4 mars 2020 et résidait à Évreux. Il n’avait jamais été condamné même s’il était connu pour des dégradations commises quand il était mineur. (...)

Les investigations confiées à la sous-direction antiterroriste (SDAT) de la police et la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) vont devoir désormais s’attacher à déterminer « comment l’auteur a préparé son crime », a précisé le procureur Ricard qui a révélé que le terroriste se trouvait devant le collège durant l’après-midi et avait sollicité des élèves afin qu’ils lui désignent la future victime. (...)

La première exploitation du téléphone du terroriste a permis de découvrir le texte du message publié par le compte @Tchetchene_270, enregistré dans le bloc-notes de l’appareil dès 12 h 17, ainsi que la photographie de la victime, prise à 16 h 57. Abdoullakh Abouyezidovitch A. était « inconnu des services de renseignements », a répété le magistrat. À voir.

Selon nos informations, les autorités avaient repéré la photo de décapitation dès 17 h 10, donc un quart d’heure après sa publication sur Twitter. Détails sordides, la présence d’un masque chirurgical imbibé de sang pendant autour de la tête coupée de la victime et le bitume de la chaussée en arrière-plan indiquaient que l’image montrait une décapitation récente en Europe. 

Le second tweet de @Tchetchene_270 avec le nom du malheureux professeur alors inconnu ne permet guère d’avancer, le lien ne se fera qu’avec la vidéo diffusée sur YouTube d’un père d’élève s’offusquant qu’un professeur avait montré à ses élèves de 4e une photo d’un homme nu en disant que c’était le prophète des musulmans. Il n’en demeure pas moins que la corrélation a été très rapide.
Dès 18 h 30, le Parquet national antiterroriste (PNAT) ouvre une enquête pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle ».

(...) Comme Mediapart l’a révélé peu avant la conférence de presse du procureur antiterroriste, des internautes avaient déjà repéré le 30 août dernier le compte @Tchetchene_270 à cause d’un tweet mettant en scène à l’aide d’un montage photo la décapitation d’un homme que Mediapart n’a pas pu identifier (et que nous avons choisi de flouter sur la capture d’écran publiée). En revanche, l’image support est un détournement de la série épique turque Diriliş : Ertuğrul, qui raconte la vie du chef de guerre Ertugrul Gazi à l’origine de l’Empire ottoman. 
Le futur auteur de l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine avait rapidement supprimé ce tweet inquiétant, et aucun autre élément ne permettait de faire un lien avec un futur passage à l’acte, encore moins avec le professeur Paty.
Fin juillet, un internaute avait fait un signalement Pharos (du nom de la Plateforme d’harmonisation, d’analyse, de recoupement et d’orientation des signalements, réunissant les policiers et les gendarmes traitant ces informations) pour « apologie de la violence, incitation à la haine, homophobie et racisme ». Selon nos informations, son compte a fait l’objet de plusieurs signalements Pharos ces derniers mois.

(...) Il semblerait que le titulaire ait fait le ménage dans ses publications avant de passer à l’acte. Mais l’examen des followers et amis de @Tchetchene_270 brosse tout de même le portrait d’un jeune homme fidèle à ses origines, très ancré dans la religion et probablement dans le djihad. 
D’Abou Tchétchène à Ismaïl Ash-Shishani, en passant par Le_Tchétchène957 et TchétchèneM, on dénombre plusieurs pseudos affichant une origine commune avec le titulaire du compte

(...) Après que le collège eut reçu « de nombreux appels menaçants », la principale du collège recevait les parents d’élèves (à l’exception de l’auteur des vidéos) et, toujours d’après le magistrat, « les tensions s’apaisaient ».
Le procureur antiterroriste a confirmé que neuf personnes se trouvent en garde à vue. Quatre sont des proches « dans l’entourage familial » d’Abdoullakh Abouyezidovitch A. Deux personnes se sont présentées spontanément au commissariat d’Évreux, car elles ont été en contact avec le terroriste peu avant les faits. Parmi les trois autres personnes, le père d’élève qui avait désigné à la vindicte le professeur sur les réseaux sociaux.
(...)