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Le Monde
Attaque à l’arme blanche près des anciens locaux de « Charlie Hebdo » : la garde à vue du deuxième suspect a été levée : il a été témoin, a poursuivi l’auteur et a ensuite été menacé
Article mis en ligne le 26 septembre 2020

Le suspect de l’attaque a été interpellé peu après les faits par la police près de la place de la Bastille, a déclaré le procureur national antiterroriste, Jean-François Ricard, qui l’a décrit comme « l’auteur principal ». Ali H. s’est présenté comme un ressortissant d’origine pakistanaise né en 2002 à Islamabad. Des propos recoupés par l’analyse de ses empreintes digitales. Le ministre de l’intérieur a précisé, sur France 2, que ce suspect était arrivé en France il y a trois ans et bénéficiait, jusqu’à août dernier, du statut de mineur isolé. Le conseil départemental de l’Oise, qui avait pris en charge le jeune Pakistanais par l’Aide sociale à l’enfance, a déclaré dans un communiqué qu’il ne présentait « aucun signe de radicalisation ».

Un deuxième homme avait été rapidement interpellé, vendredi après-midi, après Ali H. : il s’agit d’un Algérien de 33 ans, repéré sur des images de vidéosurveillance en train de discuter avec le principal suspect dans le métro. Mais sa garde à vue a été levée vendredi à 23 h 30, sans aucun élément contre lui, et il a été mis « hors de cause », a précisé samedi matin une source judiciaire. Son récit qui « consiste à dire qu’il a été témoin, a poursuivi l’auteur et a ensuite été menacé, a été corroboré par l’enquête », précise cette source. (...)

Les deux blessés font partie de l’agence Premières Lignes, dont l’immeuble se situe au 10, rue Nicolas-Appert, là où se trouvaient les anciens locaux de Charlie Hebdo. Ils avaient déjà été les témoins impuissants de l’attaque de janvier 2015. Selon nos informations, la première victime, une femme, s’occupe de l’accueil, tandis que la seconde victime est un assistant de production au sein de cette structure, qui fournit des prestations à une multitude de sociétés de production. (...)

Cette attaque survient alors que la rédaction de Charlie Hebdo fait l’objet de nouvelles menaces depuis que l’hebdomadaire a republié des caricatures de Mahomet le 2 septembre, à l’occasion de l’ouverture du procès des attentats de janvier 2015, qui doit se tenir jusqu’au 10 novembre. Près d’une centaine de médias, dont Le Monde, ont publié en réaction mercredi une lettre ouverte appelant les Français à se mobiliser en faveur de la liberté d’expression. (...)

Les crèches, les établissements scolaires de l’école au lycée et les établissements pour personnes âgées des 11e, 3e et 4e arrondissements ont été confinés, jusqu’à ce que la mairie de Paris annonce, vers 15 heures, un retour à la normale. (...)

Vendredi, l’équipe de Charlie Hebdo a apporté dans un tweet « son soutien et sa solidarité à ses anciens voisins et confrères de Premières Lignes et aux personnes touchées par cette odieuse attaque ». Dans un édito « spécial web » publié en fin de journée, la rédaction appelle à « continuer à se battre pour nos idées et nos valeurs » contre « le fascisme sous toutes ses formes » :

« Cet épisode tragique démontre une fois de plus que le fanatisme, l’intolérance, dont l’enquête nous révélera les origines, sont toujours aussi présents dans la société française. Loin de nous terroriser, de tels événements doivent nous rendre encore plus combatifs dans la défense de nos valeurs. Il n’est pas question de céder quoi que ce soit à la logique mortifère et criminelle des idéologies qui motivent ces actes, et dont les penseurs, les concepteurs ne sont rien d’autre que des fascistes. »

« On est choqués, très choqués. J’étais là le 7 janvier [2015]. C’était au même endroit. J’ai eu l’impression de revivre la scène. Je n’ai pas de mots », a confié à l’AFP un journaliste de Premières Lignes.

« A travers ce lieu hautement symbolique, c’est une fois encore la liberté d’expression qui est visée », a tweeté la maire de Paris, Anne Hidalgo, condamnant « avec la plus grande fermeté l’ignoble attaque terroriste ». De l’étranger, le président du Conseil européen, Charles Michel, et le premier ministre italien, Giuseppe Conte, ont exprimé sur Twitter leur « solidarité avec le peuple français ».