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Amar Benmohamed : un cas emblématique du dénigrement subi par les lanceurs d’alerte
Créée en 2018, la Maison des Lanceurs d’Alerte défend et accompagne les lanceurs et lanceuses d’alerte dans leur démarche. Elle fait évoluer le droit et conseille les lanceurs et lanceuses d’alerte, notamment lorsqu’ils sont victimes de représailles.
Article mis en ligne le 1er août 2020
dernière modification le 31 juillet 2020

Le 27 juillet 2020, StreetPress a dévoilé le témoignage accablant du brigadier-chef Amar Benmohamed au sujet de cas de maltraitance et de racisme au sein du Tribunal de Paris. Depuis il subit menaces et représailles. Ces réactions sont monnaie courante lorsque des faits répréhensibles sont signalés : les responsables détournent l’attention du public du message en dénigrant son messager. (...)

aucun des agents incriminés n’a, à ce jour, été sanctionné. Certains ont été promus. Le brigadier-chef, quant à lui, voit sa « loyauté » mise en cause lorsqu’il alerte, à plusieurs reprises, sa hiérarchie. Il est menacé lorsqu’il annonce qu’il va prévenir les magistrats du Tribunal. Il fait l’objet d’une enquête pour non-respect de la chaîne de commandement, classée sans suite. Il subit des représailles dans l’exercice quotidien de ses missions. Le ministre de l’Intérieur lui-même, Gérald Darmanin, reproche au lanceur d’alerte d’avoir dénoncé ses collègues « avec retard » et évoque la possibilité de « sanctions » à son encontre. (...)

La protection des lanceurs d’alerte garantie par la loi

Rappelons que les faits énoncés par StreetPress montrent un respect par M. Benmohamed des critères et des procédures ouvrant droit à la protection au titre de lanceur d’alerte énoncés par la loi Sapin 2. Si ce statut ne déroge pas au « devoir de réserve » auquel sont soumis les officiers de police, la directive européenne du 23 octobre 2019 protégeant les lanceurs d’alerte dans tous les pays membres de l’Union Européenne prévoit une immunité intégrale, y compris pour les fonctionnaires, lorsque ces derniers se voient à tort opposer le devoir de réserve. Elle doit être transposée par la France d’ici 2021. En attendant, les officiers de police bénéficient d’un droit de désobéir à un ordre illégal, prévu par l’article 28 de la loi de 1983 sur le statut des fonctionnaires. Refuser d’obéir à un ordre illégal et refuser de se taire en lançant l’alerte constituent le revers et l’avers de la même médaille : celle d’un acte citoyen, de défense de l’intérêt public.
Le silence des policiers témoins de violences policières et le non-respect de leur droit d’alerte est un problème majeur pour mettre un terme à ces abus. Le cas d’Amar Benmohamed est emblématique des représailles dont font l’objet les lanceurs d’alerte, notamment au sein des forces de l’ordre. Comme il le dit lui-même aux journalistes de StreetPress : « À partir du moment où tu dénonces un problème dans la police, tu deviens le problème ».

Témoigner à visage découvert

C’est pourquoi Amar Benmohamed s’est décidé à témoigner publiquement et à visage découvert.
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Depuis deux ans, Amar Benmohamed se défendait seul face aux représailles qu’il subissait de la part de ses collègues et de ses supérieurs. « Il avait déjà une cible dans le dos, précise le journaliste. M. Darmanin dit qu’il a attendu deux ans mais son premier signalement date de 2018 et il a eu besoin de temps pour collecter des informations avant de dénoncer les faits. »

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