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À Liverpool, une exposition questionne notre empathie face aux récits des réfugiés
L’exposition "Love Story, 2016" de Candice Breitz est à voir au Tate Liverpool jusqu’en mai 2023.
Article mis en ligne le 1er août 2022
dernière modification le 31 juillet 2022

Le musée Tate de Liverpool accueille jusqu’en mai 2023 l’installation vidéo "Love Story, 2016" de l’artiste sud-africaine Candice Breitz. Des histoires d’exil sont racontées par des réfugiés eux-mêmes, puis par deux acteurs hollywoodiens, Julianne Moore et Alec Baldwin. L’artiste dit vouloir ainsi "interroger les mécanismes de l’identification et les conditions dans lesquelles se produit de l’empathie".

L’installation vidéo vise à se poser la question suivante : dans un monde surmédiatisé, qui écoutons-nous le plus lorsqu’il s’agit de migration ? Les individus concernés ou des porte-voix célèbres ? (...)

Parmi les participants au projet figurent la réfugiée syrienne Sarah Mardini, l’ancien enfant-soldat José Maria Joao d’Angola, Mamy Maloba Langa qui a fui les violences sexuelles en République démocratique du Congo, ainsi que la militante transgenre indienne Shabeena Francis Saveri et le dissident politique vénézuélien Luis Ernesto Nava Molero. Ils vivent à Berlin, New-York ou encore au Cap et ont tous fui leur pays lors de la “crise des réfugiés” de 2015. (...)

Refléter "le manque de sensibilité d’une culture saturée par les médias"

Dans la première salle de l’exposition, ces mêmes histoires sont racontées par les acteurs américains Julianne Moore et Alec Baldwin. Ils sont assis sur les mêmes chaises et placés dans le même décor que les réfugiés. L’artiste dit vouloir "interroger les mécanismes de l’identification et les conditions dans lesquelles se produit de l’empathie".

Le projet Love Story "reflète le manque de sensibilité d’une culture saturée par les médias dans laquelle l’identification à des personnages fictifs et à des célébrités existe en même temps qu’une indifférence généralisée à l’égard du sort de ceux qui sont confrontés à l’adversité du monde réel."

L’œuvre a déjà été présentée au pavillon sud-africain de la Biennale de Venise en 2017. Elle est désormais exposée pour la première fois au Royaume-Uni. (...)

"Parce que nous sommes des réfugiés, certaines personnes pensent que nous n’étudions pas, que nous avons besoin de leurs vieux vêtements, de nourriture et d’argent. Mais nous ne sommes pas devenus des réfugiés pour avoir de l’argent. Nous sommes des réfugiés de guerre. Nous n’avons pas besoin de votre argent, nous avons seulement besoin de notre avenir. Tout le monde attend ses papiers. Quand on aura nos papiers, on ira travailler et on gagnera de l’argent. Tout le monde est ici pour travailler et trouver son propre avenir. En tant que réfugiée, je ne veux pas que quelqu’un ait pitié de moi, ou se sente désolé pour moi", insiste la Syrienne Sarah Mardini.