Alors que la France va encore rater l’objectif européen de bon état des cours d’eau en 2027, cette enquête de Mediacités et Reporterre permet de visualiser pour la première fois l’ampleur de la contamination nationale aux micropolluants.
PFOS, diflufénicanil et autres pesticides, et même un médicament : entre 2022 et 2024, la station de surveillance installée sur ce cours d’eau a relevé 16 molécules au-dessus des seuils en vigueur. La Launette est un cas d’école, elle arrive en tête de notre classement des rivières subissant la plus forte pression des micropolluants.
Ce triste palmarès est le fruit de plusieurs mois d’enquête, une plongée dans les millions de données des agences de l’eau. Mediacités et le média de l’écologie Reporterre se sont associés aux collectifs We Report et Mémoire Vive pour produire une carte inédite de la pollution chimique des cours d’eau en France. (...)
Le constat est inquiétant. Pesticides, métaux et autres produits chimiques toxiques voyagent allègrement dans nos rivières : 1 691 cours d’eau en France ont enregistré au moins un dépassement de seuil pour un polluant sur la période étudiée. Soit les trois quarts des rivières pour lesquelles une mesure est disponible. (...)
Cette pollution est nationale (...)
Elle est aussi multiple : sur les 189 substances retenues dans notre enquête, 79 dépassent la valeur seuil au moins une fois.
Notre analyse, qui porte sur les moyennes annuelles, permet de mettre en évidence les pollutions chroniques et le cumul des pressions toxiques exercées sur les cours d’eau. (...)
En France, l’état des rivières a même régressé dans plusieurs bassins depuis 2019. (...)
Certes, l’urbanisation, qui altère fortement la morphologie des cours d’eau, est l’une des principales causes du mauvais état écologique. Les nitrates, issus principalement des engrais agricoles, contribuent aussi fortement à cette dégradation (...)
Mais l’effet de la pollution chimique reste très important sur l’état de nos rivières. Surtout pour les petits cours d’eau, dont le faible débit ne permet pas de diluer les polluants. À l’image de la Launette.
« Le problème, c’est que dès sa source, là où ce n’est encore qu’un tout petit cours d’eau, il y a déjà le gros de la pollution qui arrive », explique Clara Morvan, directrice technique du syndicat de rivières local. (...)
une autre épée de Damoclès menace tous les efforts pour la protection des rivières : le réchauffement climatique. La succession des années sèches affaiblit les débits des cours d’eau, et donc leur capacité de dilution, comme l’explique Marina Coquery, qui poursuit : « À l’autre extrême, on va avoir des crues beaucoup plus intenses, irrégulières et fréquentes » et ainsi une hausse des polluants amenés par la pluie. (...)
Crédit image : P.poschadel, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons