Le programme de "retour volontaire", mis en place par les autorités tunisiennes l’été dernier sans le concours de l’ONU, s’est intensifié avec des vols "quasiment tous les jours", a indiqué à l’AFP un responsable de la Garde nationale. Depuis juillet 2025, près de 5 000 migrants sont retournés dans leur pays d’origine via ce programme.
Mardi 16 juin, des journalistes de l’AFP ont vu des dizaines de migrants à l’aéroport tunisien de Tunis-Carthage, munis de sacs à dos et valises à roulette, en majorité des jeunes hommes les visages cachés par des masques noirs ainsi que quelques femmes et enfants en bas âge.
Ces exilés en situation irrégulière ont été "au total 91" à repartir ce jour-là "vers plusieurs pays subsahariens", a déclaré à l’AFP Houcem Eddine Jebabli, porte-parole de la Garde nationale tunisienne.
Ces personnes sont rentrées dans leur pays via le programme de "retour volontaire" mis en place par les autorités tunisiennes en juillet 2025 - sans le concours de l’Organisation internationale des migrations (OIM) qui dispose de son propre dispositif. À la différence de l’ONU, les "retours volontaires" organisés par l’État tunisien ne s’accompagnent pas d’une aide financière.
Près de 5 000 retours depuis juillet 2025 (...)
Expulsions déguisées ?
Mais certains migrants assurent que ces "retours volontaires" sont des expulsions déguisées. Selon des exilés installés dans les campements d’El-Amra, au nord de Sfax (centre-est de la Tunisie), les autorités tunisiennes multiplient les expulsions pour forcer les exilés à partir. "Les hôpitaux de fortune autogérés sont régulièrement détruits. L’objectif est de terroriser pour forcer les retours dits ’volontaires’. Ensuite, la police vient le matin annoncer qu’un bus viendra pour le retour. C’est une nouvelle tactique. En l’espace d’un an, la moitié des migrants, à minima, a été expulsée de force vers leur pays d’origine par le gouvernement tunisien et d’autres ont disparu dans différents villages", avait expliqué aux Observateurs de France 24 David Yambio, cofondateur et porte-parole de l’organisation Refugees in Libya qui documente la situation des migrants en Tunisie et en Libye.
Une source humanitaire a aussi dénoncé auprès de l’AFP des arrestations arbitraires ces dernières semaines de migrants, emmenés dans des autobus vers une destination inconnue. (...)