« Mediapart » dévoile un rapport confidentiel rédigé par le parquet de Tarbes en 2024 pour pointer de graves dysfonctionnements dans le traitement des procédures pédocriminelles, qui visait à secouer la hiérarchie policière. Un document rare qui illustre l’ampleur des défaillances de certains services d’enquête.
Dossiers de violences sexuelles « perdus », procédures « toujours pas attribuées » au bout de huit mois, sans « aucun acte d’enquête » pendant onze mois… Il faut le lire pour le croire et se convaincre qu’un tel niveau de catastrophe est possible, quelque part en France, dans le traitement des violences faites aux enfants.
En l’occurrence, au sein du commissariat de Tarbes, ville moyenne des Hautes-Pyrénées, les dysfonctionnements ont été tels pendant des années que les services du procureur de la République n’ont eu d’autre choix que de coucher leur diagnostic accablant par écrit, dans un rapport confidentiel destiné à faire bouger la hiérarchie policière, et que Mediapart a pu consulter.
Daté de mai 2024, époque où Gérald Darmanin était ministre de l’intérieur, ce document vient illustrer une réalité que ce dernier, devenu ministre de la justice, refuse aujourd’hui d’admettre, embourbé dans l’affaire Lyhanna. (...)
En introduction de ce document de quatre pages, le substitut du procureur qui tient la plume indique que son bilan ne porte pas sur l’ensemble des procédures « mineurs » confiées au commissariat de Tarbes (d’une gravité variable), mais uniquement sur les quarante-trois dossiers « particulièrement signalés », censés être traités en urgence par la brigade spécialisée dans les atteintes aux personnes. En théorie : le très haut de la pile. (...)
Or, sur ces quarante-trois dossiers suivis de près par le parquet de Tarbes, « 32 n’ont fait l’objet d’aucun acte depuis la saisine du commissariat ». Pire : parmi ces procédures encalminées, se trouvent « 3 dossiers sexuels signalés particulièrement urgents compte tenu de la cohabitation entre l’auteur et la victime ». (...)
Grave défaut d’organisation et de pilotage (...)
un « effort considérable » aurait été réalisé.
« La situation reste fragile » (...)
à Tarbes, comme dans toutes les juridictions de France, il faut croiser les doigts pour qu’une nouvelle affaire Lyhanna ne surgisse pas.