Depuis plusieurs années, des expositions immobilières israéliennes organisées à l’étranger font de plus en plus parler d’elles. Plusieurs entreprises participantes mettent en vente des propriétés immobilières sur des colonies illégales en Cisjordanie occupée, en dépit du droit international.
Des territoires palestiniens occupés vendus en Europe ? C’est dans la capitale britannique qu’a eu lieu le plus récent « Événement de l’immobilier du Grand Israël », ou « Great Israeli Real Estate Event ». Organisé dimanche 14 juin, ce salon, accessible uniquement sur inscription et dont ni le lieu, ni la liste des exposants n’avaient été rendus publics sur son site, a suscité une importante contestation populaire.
Principale accusation : certaines des sociétés présentes mettraient en vente des propriétés immobilières situées en Cisjordanie occupée. Autrement dit, dans des colonies israéliennes illégales au regard du droit international. (...)
Territoire au sud de Jérusalem et à l’ouest de Bethléem, le Gush Etzion est un agrégat de colonies illégales dont l’expansion croissante depuis deux décennies enclave de plus en plus les dernières villes palestiniennes de la zone.
Face aux critiques, les organisateurs de l’événement ont rapidement supprimé cette mention du site, sans manquer d’assurer que les exposants, « sans exception », allaient uniquement « fournir des informations concernant des propriétés et des projets au sein de la Ligne verte ». (...)
Pourtant, malgré les déclarations de bonne foi de ses organisateurs, l’événement londonien a manifestement accueilli des sociétés immobilières faisant la promotion de biens immobiliers dans les territoires occupés. Il s’agit d’ailleurs non pas d’un salon ponctuel, mais d’un phénomène récurrent, qui gagne en importance et en visibilité ces dernières années. (...)
l’un des tracts fait par exemple la promotion de Harey Zahav, société immobilière israélienne qui avait déjà fait parler d’elle en 2023 pour ses publications, sur les réseaux sociaux, de projets de construction dans la bande de Gaza. À visée humoristique, assurait alors l’entreprise. À Londres, Harey Zahav présentait cette fois des « maisons conçues pour le confort, la communauté et la nature » accompagnées d’illustrations de Kfar Eldad et Teneh Omarim.
Ces deux communautés sont en réalité des colonies illégale (...)
Sky News révèle également la présence, au salon londonien, de Yigal Realty, une autre entreprise faisant la promotion d’une « maison de rêve sur trois étages dans le futur quartier de Ramat Givaat Zeev ». Une autre colonie. (...)
Jérusalem-Est mis en vente (...)
Des salons qui se multiplient (...)
La France accueille aussi ce type d’événements dans sa capitale. S’ils ne sont pas organisés par Emanuel Group ou IMP du Great Israeli Real Estate Event mais par Icube – qui n’a pas non plus répondu à nos sollicitations – ces événements parisiens invitent certains des mêmes exposants. (...)
« La grande majorité des personnes qui vivent dans les colonies y sont pour des raisons économiques. Ça représente à peu près 70% des colons », avance Clarisse Genton. Et pour cause, la construction y est moins chère car « le sol est gratuit, puisqu’il a été obtenu par l’expropriation » des populations palestiniennes, précise-t-elle.
L’expansion israélienne « gagne du terrain, occupe de plus en plus de place en Cisjordanie occupée et installe un état de fait potentiellement irréversible », souligne la chercheuse. Avec l’élargissement des colonies et la construction de nouveaux logements, pour certains mis en vente dans les salons immobiliers, Israël installe son identité par l’architecture. (...)
Les mobilisations populaires en amont des différents salons immobiliers israéliens à l’étranger n’ont eu que peu d’échos ou de conséquences. Dans le même temps, la Grande-Bretagne ou la France condamnent et sanctionnent, parfois, l’entreprise coloniale israélienne. Mais des événements comme ceux-ci semblent rappeler l’apparente impunité avec laquelle Israël foule aux pieds le droit international.