Un article publié par Haaretz le 17 mai laisse entendre que la Cour pénale internationale s’apprête discrètement à délivrer de nouveaux mandats d’arrêt à l’encontre de personnalités israéliennes de haut rang, notamment Bezalel Smotrich et Itamar Ben-Gvir, ainsi que de responsables militaires impliqués dans la guerre génocidaire menée contre Gaza et dans la campagne de destruction à plus grande échelle qui sévit dans toute la région.
C’est une avancée importante, mais qui donne aussi profondément à réfléchir : au moment où le droit international commence à progresser à petits pas, Gaza a déjà été réduite en cendres, sa population affamée et déplacée, et toute la région entraînée encore plus loin dans un conflit qui ne cesse de s’étendre.
Une bien tardive demande de comptes
Ces mises en accusation sont importantes car elles élargissent le cadre juridique au-delà de Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant, dont les mandats d’arrêt de 2024 ont marqué la première véritable fissure dans le mur d’impunité qui entoure les dirigeants israéliens.
Mais le fait central reste inchangé : cela se produit alors que le crime s’est déjà transformé en catastrophe. (...)
Le droit international fait de l’archivage
Smotrich et Ben-Gvir symbolisent la fusion de l’idéologie et de la politique d’extermination. (...)
Ce ne sont pas des extrémistes marginaux qui gravitent autour du pouvoir ; ils sont le pouvoir. C’est précisément pour cette raison que toute action en justice à leur encontre aurait dû intervenir bien plus tôt, avant que la logique du nettoyage ethnique n’ait eu le temps de se concrétiser.
L’échec le plus profond réside dans le fait que le droit international s’est comporté moins comme un outil de prévention que comme une archive. Il consigne les abus, les nomme, et attend pendant que les abus se poursuivent. (...)
La guerre contre la CPI
La CPI elle-même n’a pas été autorisée à fonctionner normalement. Son procureur, Karim Khan, a été confronté à une campagne soutenue d’intimidation, de fuites et de pressions politiques depuis qu’il a engagé des poursuites contre des responsables israéliens.
Middle East Eye a rapporté que les menaces, les craintes de surveillance et un flot d’allégations préjudiciables sont apparus précisément au moment où le travail de Khan devenait le plus dangereux pour les puissants.
Les États-Unis ont joué un rôle central dans cette stratégie (...)
Le message adressé à La Haye était sans ambages : poursuivez Israël, et votre institution en paiera le prix. C’est ainsi que le droit international est étouffé dans la pratique, non pas par des arguments, mais par des moyens de pression.
Condamné à l’échec
Cette pression révèle la véritable nature de « l’ordre international fondé sur des règles ». Il n’est absolument pas fondé sur des règles lorsque l’accusé est un allié soutenu par les États-Unis.
Lorsque la CPI a pris des mesures contre Vladimir Poutine, les capitales occidentales ont salué le courage de la Cour. Lorsqu’elle se tourne vers des responsables israéliens, ces mêmes gouvernements découvrent soudainement des préoccupations liées à la politique, à la compétence et à l’abus de pouvoir.
L’hypocrisie est si courante qu’elle en est devenue structurelle. (...)
Alors oui, si ces nouveaux mandats sont confirmés, ils auront de l’importance. Ils auront de l’importance parce qu’ils désignent certaines des personnes qui ont contribué à concevoir et à défendre une architecture de la mort. Mais ils ne suffiront pas.
C’est là le scandale moral au cœur de cette période : la machine de la justice internationale est encore suffisamment vivante pour documenter en partie les atrocités, mais trop faible pour y mettre un terme.
À Gaza, cette faiblesse s’est traduite par la famine avant toute enquête, l’extermination avant toute responsabilité, et l’impunité avant toute forme de protection.
Une véritable responsabilisation exige plus que des mandats scellés à La Haye. Elle nécessite le démantèlement des lignes de vie politiques et militaires qui rendent de telles atrocités possibles.
Sans cela, les efforts de la CPI ne serviront principalement que de notes de bas de page dans l’histoire continue d’un ordre mondial brisé qui fonctionne comme une archive post-mortem pour les morts plutôt que comme un bouclier pour les vivants.